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SORTIE DE CRISE
Les trois mouvances d’opposition s’en tiennent aux accords reconnus par la communauté internationale
Par Joël Sylvain Rasamoely | 22/12/2009(Mada) Aussitôt rentrés de leur exil forcé en Afrique australe, les membres des délégations des trois mouvances ont haussé le ton et annoncé la couleur vendredi soir à l’hôtel Carlton. Malgré le rejet par la mouvance Andry Rajoelina du processus de sortie de crise consensuel et inclusif, annoncé officiellement jeudi soir, ils ont réaffirmé leur détermination à mettre toujours en place les institutions prévues par les accords politiques de Maputo et d’Addis-Abeba qui sont reconnus par la communauté internationale. Il s’agit du Congrès de la transition présidé par Mamy Rakotoarivelo (de la mouvance Ravalomanana), du gouvernement dirigé par le premier ministre du consensus Eugène Mangalaza (de la mouvance Ratsiraka) et du Conseil National pour la Réconciliation (CNR) présidé par Albert Zafy (de la mouvance portant le nom de l’ancien président).
C’est ainsi que, dès samedi, Mamy Rakotoarivelo a publié la liste de quelque 156 députés désignés par les trois mouvances d’opposition qui seront amenés à siéger au Congrès de la transition. Nous avons remarqué dans cette liste les noms de plusieurs personnalités qui ont déjà défrayé la chronique.
Ainsi, pour la mouvance Ravalomanana, il s’agit des anciens députés de la précédente législature dont Raharinaivo Andrianatoandro, Mamisoa Rakotomandimbindraibe, Raymond Rakotozandry et Henri Randrianjatovo. Ces quatre anciens parlementaires ont fait l’objet de poursuites judiciaires et mis en détention à Antanimora cette année sous le régime de la Haute Autorité de la Transition (HAT).
Pour la mouvance Ratsiraka, citons le colonel Coutiti libéré cette année de sa détention à la maison de force de Tsiafahy à la suite des évènements de 2002. Et également, des anciens députés de l’AREMA, Merci Ratoabolamanana et Jean Denis Rakotomahafaly dit Denis Be qui ont purgé leur peine pour l’affaire de dynamitage de pont en 2002. Et enfin, l’ancien ministre Herivelona Ramanantsoa, revenu de son exil en France.
Pour la mouvance Zafy, notons Baovola Ramahozomanana qui s’est illustrée dans le passé pour son militantisme...
Les députés désignés par les trois mouvances d’opposition ont été invités par le président du Congrès Mamy Rakotoarivelo à venir aujourd’hui à l’Assemblée nationale à Tsimbazaza afin de participer à une réunion préparatoire. Mais, cette réunion risque de ne plus pouvoir se tenir. Le palais de Tsimbazaza est depuis hier investi par les forces de l’ordre. Par ailleurs, privé de ses gardes de corps, Mamy Rakotoarivelo n’a plus la possibilité d’accéder à son bureau. Pire, il est convoqué par le doyen des juges d’instruction à la suite d'une affaire concernant les poses de bombes artisanales dans la capitale durant les temps forts de la crise politique en juin dernier. A l’instar de Fetison Andrianirina, co-président de la Transition et chef de file de la mouvance Ravalomanana.
Sur un autre plan, contestant le limogeage par le Président Andry Rajoelina du premier ministre de consensus Eugène Mangalaza, les ténors des trois mouvances indiquent également leur intention de mettre leur gouvernement sur pied. «Nous allons installer les ministres dans leurs bureaux. Nous lançons un appel aux forces de l’ordre. Si elles sont vraiment neutres comme elles le prétendent, elles devront rester dans leurs casernes. Laissez-nous régler la situation entre civils », a déclaré Albert Zafy à ce sujet.
Mais, le Président Andry Rajoelina qui s’en tient à l’organisation des élections législatives le 20 mars prochain pour départager les différents protagonistes de la crise malgache, ne l’entend pas de cette oreille. L’Armée ne se tiendra pas à l’écart. Loin s’en faut ! Un officier, en l’occurrence le colonel Camille Vital, est même devenu dimanche soir le nouveau premier ministre (voir notre article d’hier). Et si Eugène Mangalaza, premier ministre de consensus limogé par Andry Rajoelina, était hier encore au Palais de Mahazoarivo, il a été néanmoins dépouillé au fur et à mesure de ses attributs en tant que chef de gouvernement (véhicule officiel, escorte et garde militaires,...).
Si tel est le sort de Rakotoarivelo et Mangalaza, celui d’Albert Zafy président pressenti pour diriger le Conseil National pour la Réconciliation , et celui des deux co-présidents du conseil de transition, à savoir Fetison Andrianirina et Emmanuel Rakotovahiny , ne sont guère enviables. Leur pouvoir n’est plus également reconnu par l’administration Rajoelina. Toutes ces personnalités ont d’ailleurs appris à leurs dépens leurs infortunes dès leur retour d’exil forcé en Afrique australe, en n’ayant pas pu accéder au salon d’honneur de l’aéroport international d’Ivato.
Hier, le meeting quotidien de la mouvance Ravalomanana s’est déroulé, comme d’habitude, au Magro d’Ankorondrano. Comme à l’accoutumée, les différents orateurs n’ont guère été tendres vis à vis d’Andry Rajoelina en haranguant leurs militants. Mais, pour les tenants du régime, ces orateurs devront dorénavant tourner leur langue sept fois avant de parler. Dans un communiqué daté d’hier, la Présidence de la Transition a affirmé sa ferme condamnation de l’offensive des délégués des mouvances des trois anciens présidents de la République. Elle a qualifié en outre les déclarations des trois mouvance, vendredi dernier, de «menaces, d’outrages et de propos haineux incitant à des dérives et des troubles». La Présidence de la Transition lance donc en même temps un avertissement en rappelant la possibilité de poursuite contre le discours tenu la semaine dernière par les leaders de l’opposition à l’Hôtel Carlton. Ou ailleurs...
Jusqu’ici, les trois mouvances d’opposition ne sont pas encore passées à l’action afin de concrétiser leur volonté de mettre en place les institutions prévues par les accords de Maputo et d’Addis-Abeba. Mais, tel ne sera plus le cas. Aujourd’hui, elles procèderont donc à « l’installation » des membres du Congrès de la transition au Palais de l’Assemblée nationale à Tsimbazaza.
Au meeting d’Ankorondrano, comme sur les ondes des stations de radiodiffusion acquises à la cause de l’opposition, les dirigeants de l’opposition ont invité, à maintes reprises, leurs militants à venir nombreux à Tsimbazaza ce matin à partir de huit heures. Alors même qu’un risque d’affrontement y est à craindre entre les forces de l’ordre qui gardent le palais et les manifestants qui viennent accompagner leurs députés.
Reste à savoir si, après pratiquement un an de crise politique et à la veille des fêtes de fin d’année, les opposants à Andry Rajoelina ont encore la capacité et la possibilité d’entreprendre une vaste mobilisation populaire.



