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A ADDIS-ABEBA
Un accord au forceps met fin à la crise politique à Madagascar
Propos recueillis par Joël Sylvain Rasamoely | 02/11/2009(Mada) Les médiateurs internationaux ont réussi, cette nuit, à arracher auprès des chefs de file des quatre mouvances politiques malgaches, un accord sur l'exercice solidaire du pouvoir exécutif à Madagascar pendant une période transitoire. Cet arrangement met en principe fin à la crise malgache.
Au terme de plusieurs heures de négociations dans la nuit du vendredi, les principaux dirigeants politiques malgaches, réunis depuis quatre jours à Addis-Abeba sous l’égide de la médiation internationale, ont signé ce samedi matin un accord sur le partage du pouvoir pendant la transition qui doit conduire à des élections fin 2010 à Madagascar.
Cet accord au forceps est considéré comme un « acte additionnel » aux Accords de Maputo, signés le 9 août par les chefs des quatre principales mouvances politiques. Il a été paraphé aujourd’hui par les mêmes protagonistes qui se sont retrouvés dans la capitale éthiopienne. Il s’agit de l'actuel homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, du président sortant Marc Ravalomanana, et des anciens présidents Didier Ratsiraka et Albert Zafy.
Parlant de la signature de l’acte additionnel par les différents protagonistes de la crise malgache, Tiébilé Dramé, représentant des Nations Unies, a indiqué à l’AFP : «Les chefs de file des mouvances sont parvenus à un accord pour la mise en œuvre de la charte de la transition malgache définie à Maputo le 9 août. Ils se sont entendus sur la direction des institutions de transition, y compris la présidence, et sur une clé de répartition au sein du gouvernement et des autres institutions. Il y a un président consensuel, deux co-présidents consensuels, un Premier ministre de consensus et un gouvernement d'union nationale ».
Concrètement, le jeune Andry Rajoelina reste à la tête du pays en devenant dorénavant le président reconnu de la Transition. Mais, il ne sera pas seul au sommet de l’exécutif car il y est entouré de deux co-présidents. Il s’agit d’Emmanuel Rakotovahiny et de Fetison Rakoto Andrianirina, respectivement de la mouvance Zafy et de celle de Ravalomanana. Les trois dirigeants se réuniront en conseil une fois par semaine pour examiner l’état de la nation, faire prendre par le conseil des ministres les décisions nécessaires pour gérer la Transition. Ils prendront donc des décisions d’une manière collégiale car les co-présidents doivent contresigner les actes pris par le président.
Commentant cette situation, Andry Rajoelina a déclaré à la presse : « Il ne s’agit que d'une question de terminologie. Il y avait normalement selon les accords de Maputo, un vice-président, maintenant au lieu d'un vice-président, il y aura deux co-présidents. C'est juste l'appellation qui change ».
A la primature, Eugène Mangalaza de la mouvance Ratsiraka a été confirmé à son poste de premier ministre de consensus.
Ainsi, les différents protagonistes de la crise politique malgache sont désormais représentés au niveau de l’exécutif. Ce qui a permis à Ramtane Lamamra, commissaire paix et sécurité de l’Union africaine, de déclarer : « Il y a un accord sur l'exercice solidaire du pouvoir exécutif. Cet accord symbolise l'esprit de consensus, la volonté des parties malgaches de travailler ensemble pendant la transition. Cette acceptation a marqué le tournant dans les négociations pour dépasser le blocage. C’est dire que même une monstruosité juridique peut représenter une solution, une sortie de crise ».
En ce qui concerne le gouvernement d’union nationale, la répartition suivante a été acquise : 9 ministères pour la mouvance Rajoelina, 7 pour la mouvance Zafy, 7 pour la mouvance Ravalomanana et 5 pour la mouvance Ratsiraka.
La composition des organes législatifs a également été décidée. Pour le Conseil supérieur de la Transition (CST) qui sera dirigée par une personnalité issue de la mouvance Rajoelina, chaque mouvance se verra accorder 12 sièges. Les 17 autres membres de cet organe seront désignés par le président, les co-présidents et le premier ministre. Notons que la mouvance Rajoelina n’a pas encore fourni le nom du président du CST. A notre avis, ce poste sera probablement confié à l’ancien premier ministre de la transition Monja Roindefo qui est désormais obligé de quitter le Palais de Mahazoarivo.
Le congrès de la Transition sera quant à lui dirigé par Mamy Rakotoarivelo (mouvance Ravalomanana). Tout comme pour le CST, les quatre mouvances auront chacune 52 membres et les 50 restants seront désignés par le conseil de la présidence et le premier ministre.
Par ailleurs, Albert Zafy est confirmé à la tête du Conseil national de la réconciliation(CNR). Chaque mouvance en désignera deux membres. Ce sera également le cas pour la Haute cour de la Transition (HCT) et le Comité de réflexion sur la défense et la sécurité nationales (CRDSN).
Le président sortant Marc Ravalomanana s’est montré satisfait des résultats obtenus à la réunion d’Addis-Abeba. « Cet accord correspond à mes attentes, a –t-il estimé. Le président de la Transition n’est pas le chef car il y a les co-présidents. En conséquence, il n’a pas, par exemple, le pouvoir total pour signer des actes ou des contrats engageant l’Etat malgache ».
Pour sa part, Didier Ratsiraka a estimé que « c'est un bon accord, inespéré ! Les mouvances politiques ont finies par se résigner à accepter que les intérêts supérieurs de la Nation passent au-dessus des intérêts personnels ».


