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SORTIE DE CRISE
La France estime qu’on ne peut plus appliquer les accords de Maputo et d’Addis-Abeba pour régler la crise malgache
Entretien condensé par Joël Sylvain Rasamoely | 14/01/2010(Mada) Dans un long entretien paraissant ce matin dans l’Express de Madagascar, l’ambassadeur de France à Antananarivo analyse la situation politique qui prévaut dans la Grande Ile.
« La France ne soutient pas Andry Rajoelina, elle soutient le retour à la stabilité démocratique. L'important est que le peuple malgache puisse se prononcer librement sur le choix de ses dirigeants afin que Madagascar puisse enfin travailler sur des questions de développement. Nous sommes toujours pour la mise en œuvre d’une solution la plus consensuelle et la plus inclusive possible. Maintenant, il est certain qu’on ne peut pas appliquer Maputo et Addis-Abeba. L’idée d’aller vers les élections est une possibilité pour avancer ».
Ces propos sont tenus par Jean-Marc Chataigner, ambassadeur de France à Antananarivo, dans le cadre d’un entretien paru ce matin dans l’Express de Madagascar.
L’ambassadeur précise en outre que la France n’a pas de proposition particulière, la solution ne peut venir que des Malgaches. Mais compte tenu des conflits qu’il y a eus entre les différentes mouvances, il faut trouver une solution beaucoup plus pragmatique qui amène les gens à se mettre d’accord sur un minimum de choses. Il faut que les différents leaders politiques se mettent d’accord sur la façon de ne pas être d’accord, et ainsi, aller vers des élections pour permettre à la population malgache de trancher entre les différentes options politiques proposées qui, par ailleurs, sont toutes légitimes et respectables.
Selon Jean-Marc Chataigner, Jean Ping viendra la semaine prochaine. Il présentera aux autorités malgaches une proposition faite par la communauté internationale dans laquelle celle-ci souhaite que tout le monde puisse s’engager au maximum. A ce propos, l’ambassadeur ajoute : « Il faut savoir quelles sont les propositions de Jean Ping, mais de notre point de vue, il faut que l’organisation des élections offre des garanties. Que celles-ci ne soient pas organisées par l’administration, mais par une entité neutre et indépendante, telle la Commission nationale électorale indépendante où toutes les mouvances politiques seraient représentées ».
A en croire le diplomate, le schéma de Maputo et d’Addis-Abeba sera abandonné par la communauté internationale. « Ce schéma, a-t-il dit, n’a pu être mis en œuvre. Je ne parlerai pas d’échec. On a essayé quelque chose, cela ne marche pas. Il faut être pragmatique. Essayer d’avancer et trouver une autre solution. Ce qui est important dans Maputo et Addis-Abeba, c’est l’esprit de compromis, et il faut le préserver. Il faut trouver un accord minimal consensuel pour sortir de la crise ». Et de préciser : « La mission de Jean Ping consiste à voir, tout en gardant l’esprit de Maputo et d’Addis-Abeba, comment on peut travailler sur un gouvernement d’union nationale qui prépare de façon neutre les prochaines élections et qui rencontre l’agrément de toutes les mouvances politiques. Ce ne sera pas forcément la répétition de ce qui a été négocié à Addis-Abeba ou à Maputo. Il n’y aura pas de renégociations comme on l’a connu à Maputo ou Addis-Abeba. Jean Ping effectuera un processus de consultation. Les différentes mouvances ont quinze jours pour réagir à cette proposition, et mi-février le GIC se réunira pour examiner le résultat de ces consultations et se prononcer sur l’appui qu’elle entend apporter à Madagascar ».
Pour Jean-Marc Chataigner, le schéma d’une élection organisée par une entité indépendante mais avec le gouvernement actuel n’est pas envisageable. A ce sujet, il déclare : « C’est aux Malgaches de décider, mais je ne pense pas que cela soit possible. Un certain nombre de ministres ont manifesté l’intention de se présenter aux élections. Il faudrait qu’ils démissionnent pour qu’ils ne puissent pas profiter de leur autorité morale et des moyens de l’administration pour mener leur campagne. Il faudra qu’un nouveau gouvernement soit constitué de façon à inclure des membres de toutes les mouvances».
Le diplomate estime en outre qu’Andry Rajoelina ne persistera pas à vouloir organiser seul des élections. «Ce ne serait pas dans son intérêt, dit-il, ce ne serait pas conforme aux promesses qu’il a faites. Il s’est engagé à Maputo et Addis-Abeba, même si ce n’est pas tout à fait respecté, mais il a toujours dit qu’il en respectait l’esprit, celui du consensus. Il est important que le pouvoir de fait fasse des concessions sur l’organisation de ces élections, pour que celles-ci puissent être crédibles et reconnues par les Malgaches ».
Dans ce long entretien à l’Express de Madagascar, l’ambassadeur de France préconise qu’il faut permettre à tout le monde de se présenter dans les meilleures conditions possibles. Il faut laisser la place à l’espace démocratique. Il faut qu’il y ait aussi un travail de réconciliation. La France est partisane d’une politique de réconciliation inclusive. Cela suppose une amnistie pour les événements de 2002, certains événements de 2009, et que les uns ne se sentent pas menacés par les autres.
A ce sujet, il estime que les mandats d’arrêts et autres convocations judiciaires qui sont émis aujourd’hui ne vont pas dans le sens de l’apaisement. « Il faut qu’il y ait apaisement des deux côtés. Si d’un côté on accepte l’amnistie sur certaines choses, de l’autre il faut avoir un esprit de dialogue, et ne pas toujours forcément invectiver et appeler à la rébellion. Il faut un «gentleman agreement» entre les parties pour écarter les excès et accepter de rentrer dans un cadre de dialogue démocratique ».
Par ailleurs Jean-Marc Chataigner ne pense pas que Madagascar fasse l’objet d'un conflit géostratégique. « Toute la communauté internationale a un seul et même but. La France n’a d’autre intérêt que la stabilité démocratique, parce qu'elle a 25 000 ressortissants à Madagascar, un espace régional commun, et des menaces communes auxquelles nous devons faire face (...) Par ailleurs, si on regarde les chiffres du commerce extérieur de la France avec Madagascar, la Grande Ile représente 1/1000 du commerce extérieur de la France, le 86e pays au niveau des investissements directs étrangers français dans le monde. Ce sont des intérêts commerciaux importants pour les entreprises concernées, mais ce ne sont pas des intérêts vitaux pour la France ».



