pub

A la une

  • AFFAIRE FIGN

    raymond_andrianjafy

    Le lieutenant-colonel de gendarmerie Raymond Andrianjafy

    Le mouvement de contestation des forces d’élite de la gendarmerie s’est transformé en affrontement sanglant entre frères d’armes

    Par Joël Sylvain Rasamoely | 21/05/2010

    (Mada) Trois morts et quinze blessés. Tel est le bilan de l’affrontement entre militaires malgaches qui s’est produit au cours de la journée d’hier à Antananarivo. Cet affrontement a opposé des mutins issus des forces d’élite de la gendarmerie aux éléments mixtes de forces de l’ordre. Ceux-ci ont réussi à prendre d’assaut le camp militaire rebelle après de violents combats. Mais ils n’ont pas réussi à mettre la main sur les mutins. Ces derniers ont réussi à prendre la fuite. Aux dernières nouvelles, l’on apprend que le chef des éléments frondeurs, le lieutenant-colonel Raymond Andrianjafy, a été appréhendé.

    L’appel lancé par des éléments frondeurs de la Force d’intervention de la Gendarmerie nationale (FIGN) ayant à leur tête le lieutenant-colonel Raymond Andrianjafy, à l’intention des tous les déçus de l’actuel régime de transition, n’a eu qu’un faible écho. En fait, quelques centaines de civils seulement ont répondu à l’invitation des mutins des forces d’élite de la gendarmerie pour se réunir hier matin devant leur camp, à Fort Duchesne. Il s’agit essentiellement des « habitués du Magro », c'est-à-dire des opposants se réclamant de l’ancien président Marc Ravalomanana. « Les gens sont venus suite à l'appel au ralliement des éléments de la FIGN de mercredi, et à celui diffusé en boucle à la Radio Fahazavana, les exhortant à rallier Fort Duchesne », a lancé un meneur.

    La manifestation devait commencer par un culte organisé par les pasteurs protestants du mouvement des ecclésiastes « Hetsiky ny mpitondra fivavahana » (HMF) qui avait déjà émis le souhait de « mettre fin au régime d’Andry Rajoelina ». . Ensuite, elle devait se poursuivre par un meeting politique. Mais, les forces de l’ordre sont venues pour disperser les manifestants, leur réunion, organisée sur la voie publique, n’ayant pas fait l’objet d’une demande d’autorisation auprès des autorités compétentes.

    A leur arrivée sur les lieux, tôt le matin, les forces de l’ordre ont été accueillies par une salve de la part des éléments de la FIGN. Elles ont donc riposté. Et l’échange de tirs, par intermittence, entre les deux parties a duré plusieurs heures. A ce propos, L’Express de Madagascar raconte ce matin : « A chaque crépitement des armes, les manifestants hurlent de joie. Ils n'ont pas pensé à quitter les lieux malgré les échanges de tirs, qui commencent à être plus en plus nourris, à la suite d'une nouvelle tentative des forces armées, essayant de se rapprocher de l'enceinte. Les dispositifs de défense mis en place par la bande du lieutenant-colonel Raymond Andrianjafy ont cédé pour la première fois, au prix d'une vie humaine, avec la mort de l'un des éléments de la Force d'intervention spéciale , tombé sous les balles de l'adversaire. Les mutins se sont alors repliés dans leur caserne et les manifestants se sont dispersés ».

    Les deux camps se sont ensuite livrés à un round d'observation pendant quatre heures. Le temps pour les autorités d'établir la communication avec les gendarmes frondeurs afin d'entamer les négociations. Mais celles-ci ont échoué. « Le lieutenant-colonel Andrianjafy a vu le général Augustin Manankay, assurant le commandement de la gendarmerie en l’absence du général Bruno Razafindrakoto, en mission à l’étranger. Mais, ses éléments lui ont demandé de rompre les discussions», déplore le colonel Richard Ravalomanana, patron de l’Emmo/Reg, qui dirigeait hier les opérations.

    Après l’échec des négociations, les forces de l’ordre ont lancé un assaut contre les éléments frondeurs de la FIGN afin de déloger ces derniers de leur caserne. Contrairement aux échanges de tirs de la matinée, le combat de l'après-midi «entre 21 gendarmes indisciplinés et 600 combattants devient de plus en plus violent et les tirs de roquettes et de fusils mitrailleurs tonnent pendant près de 52 minutes», a indiqué hier soir le Premier ministre Camille Vital.

    En fin de journée, les forces de l’ordre ont réussi à prendre le camp de Fort Duchesne. Mais sans ses occupants qui ont réussi à prendre la fuite. Bilan de l’affrontement : trois morts dont un militaire dans chaque camp et un civil. Quinze autres personnes ont été blessées.

    Le colonel Richard Ravalomanana, patron de l’Emmo/Reg, qui dirigeait les opérations hier, a indiqué que les forces de l’ordre étaient composées de ses hommes et des éléments de la Force d’intervention spéciale (FIS) commandés par le lieutenant-colonel Lylison René. Celles-ci ont eu à affronter tout au plus une vingtaine de mutins qui restaient terrés dans leur caserne. « Nous ne sommes pas venus pour attaquer Fort Duchesne, a-t-il précisé. Ce sont les occupants du camp qui ont commencé les hostilités. Nous étions donc obligés de riposter».

    Selon Actumada (média en ligne proche du pouvoir), « les éléments rebelles ne peuvent nullement engager le nom de la FIGN, parce qu’ils ne sont qu’une quinzaine de gendarmes, tous les autres membres du corps, nettement en plus grand nombre, ne sont pas d’accord avec eux et ont carrément condamné les actes irréfléchis des hommes du lieutenant-colonel Raymond Randrianjafy ».

    A noter que, avant l’affrontement, le général Zafera, commandant de la FIGN, est passé s'enquérir de la situation à Fort Duchesne. A cette occasion, il a demandé aux pasteurs dirigeants du HMF les autorisations nécessaires pour leur manifestation. Mais devant l'attroupement de la foule, il a dû quitter les lieux et c'est à ce moment que trois coups de feu, les premiers de la journée, ont retenti, tirés par les éléments de la FIGN. Le général Zafera en colère, a alors désavoué l'action de son subordonné en déclarant publiquement que « le lieutenant-colonel Raymond s'égare »zaza very »).

    Aux dernières nouvelles, l’on apprend que le lieutenant-colonel Raymond Andrianjafy a été appréhendé. Hier, cinq arrestations ont été opérées dont celle du pasteur Valisoa, un des leaders du mouvement des ecclésiastiques. Par ailleurs, la radio Fahazavana appartenant à la mission protestante FJKM dont font partie les ecclésiastiques du HMF, a été perquisitionnée par les enquêteurs. Ses matériels de diffusion ont en outre été enlevés par ces derniers. Ainsi, la radio protestante, principal organe de transmission des informations pour les partisans de Marc Ravalomanana, a cessé d’émettre depuis hier soir. D’aucuns estiment que l’ancien président de la République est derrière les mouvements de contestation actuels. L’on ne saura pas encore si le Premier ministre Camille Vital a notamment pensé à Marc Ravalomanana lorsqu’il a dénoncé hier soir avec véhémence « les ingérences et manipulations ourdies par des politiques hostiles à la bonne marche vers la IVe République ».

Imprimer Retour

pub

 

pub

 

pub

 

pub