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FORCES ARMEES
Tentative de mutinerie dans un camp militaire d’Antananarivo
Par Joël Sylvain Rasamoely | 30/12/2009(Mada) Il y a neuf mois, la mutinerie du camp militaire du CAPSAT à Fiadanana-Soanierana a conduit au renversement du régime Ravalomanana. Inspirés probablement par cet exploit, des éléments des forces armées, sous la houlette de sous-officiers, ont tenté à leur tour dans la nuit de dimanche à lundi, d’organiser une mutinerie dans un autre camp de la capitale, en l’occurrence celui du Régiment d’Appui et de Soutien (RAS) à Ampahibe.
Objectif avoué du mouvement : exiger des politiciens la formation dans les 48 heures d’un gouvernement de consensus et la mise en place des institutions de la Transition, en application de la Charte de Maputo et de l’Acte additionnel d’Addis-Abeba. Ce qui signifie concrètement l’abandon par Andry Rajoelina de la gouvernance en solitaire qu’il vient d’imposer au niveau de la direction du pays afin de sortir Madagascar de la crise politique. Alors que les trois mouvances de l’opposition, dirigées par les anciens présidents Ravalomanana, Ratsiraka et Zafy, demandent le partage du pouvoir durant une période transitoire consensuelle et inclusive, conformément aux souhaits de la communauté internationale.
Venus à bord de trois camions, les mutins qui appartiennent au RAS ont envahi leur camp dans la nuit de dimanche à lundi, vers une heure du matin. Ils ont essayé de rallier à leur cause les militaires qui s’y trouvaient, en distribuant notamment de l’argent à des hommes de troupe. Mais ils n’auraient pas réussi à convaincre beaucoup de monde. L’arrivée des éléments issus des camps environnants, encerclant le RAS, auraient porté l’estocade à l’opération vers deux heures trente du matin.
Malgré tout, l’on a pu entendre quelques heures plus tard, l’appel préenregistré des mutins. Cet appel explique les raisons de l’action. En substance, le commandement militaire y est critiqué et les officiers sont exhortés à rejoindre le camp d’Ampahibe «pour un consensus sur les accords d’Addis-Abeba et de Maputo». De même que tous les sous-officiers et les hommes de troupe de l’Armée.
L’auteur de ce communiqué est l’adjudant-chef Daniel Ratsimihafindramanana qui est, par ailleurs, le président national du COSAFAM, l’association du corps des sous-officiers de l’armée malgache. Il a été arrêté, en compagnie de cinq autres militaires. Ceux-ci sont actuellement placés au camp de la Gendarmerie de Betongolo pour enquête. D’après les informations recueillies sur place, ils risquent d'être poursuivis pour avoir organisé une mutinerie et d’avoir menacé le chef de corps du RAS à l’aide d'armes à feu. Par ailleurs, un autre sous-officier de l’Armée, impliqué dans cette affaire, a été arrêté dès samedi dernier.
La Verité rapporte hier matin dans ses colonnes que l’adjudant - chef Daniel était lundi au camp du RAS à Ampahibe pour « soudoyer, avec des sommes sonnantes et trébuchantes, des responsables militaires de l’arsenal d’armes dudit camp militaire . Et que, il a « graissé » les mains de certains autres militaires, une dizaine environ, chacun d’une enveloppe financière de 40 000 Ariary ». Et le quotidien d’ajouter : « L’adjudant-chef Daniel a eu le toupet d’annoncer à des journalistes, présents sur le lieu, son appel à tous les militaires de le rejoindre « pour régler les problèmes de la Transition ». En tout cas, selon de hauts détenteurs de commandements militaires, le sous-officier a voulu hier perpétrer un « coup d’Etat ».
Rapportant les premiers résultats de l’enquête, le colonel Richard Ravalomanana, commandant de la circonscription régionale de la Gendarmerie (CIRGN), a confirmé lundi l’arrestation d’un sous-officier et de cinq hommes de troupe dans le cadre de cette affaire, tout en précisant que l’enquête continue. Selon les observateurs, il n’est donc pas exclu que d’autres arrestations surviennent. D’autant que le colonel Ravalomanana a en outre confirmé la piste politique dans sa recherche. «Des noms d’hommes politiques sont cités mais pour l’instant, nous continuons à affiner notre enquête»,
Abondant dans ce sens, le général André Ndriarijaona, chef de l’état-major général de l’armée (CEMGAM) a confirmé que le sous-officier soupçonné a distribué de l’argent. « L’histoire de distribution d’argent dans l’affaire du RAS pourrait mener loin et toucher le cercle politique », précise-t-il.
Pour sa part, le général Noël Rakotonandrasana, ministre des Forces armées, a tiré la conclusion qui s’impose en résumant les faits : «Un sous-officier a tenté de porter des troubles au sein d’un corps (RAS). Mais ses actions n’ont pas abouti».
Quant au colonel Camille Vital, premier ministre, il s’est contenté d’avancer : «L’action est maîtrisée».
Dans ce contexte, le chef du gouvernement a émis une sévère mise en garde lors de sa rencontre dans l’après-midi du lundi avec les responsables de l’armée et de la police au centre de conférence internationale d’Ivato. Après la main tendue du premier jour de sa nomination, il a passé à l’avertissement à l'endroit de ceux qui veulent se mettre en travers de sa route dans la gestion de la Transition ou le gêner dans sa mission d’aller aux législatives du 20 mars. « Au sein de l’armée, la hiérarchie devra être respectée. Ce n’est pas le cas ces derniers temps, à cause d’une minorité. Des mesures sévères seront prises pour ceux qui dépassent les bornes», a-t-il indiqué quelques heures après la mutinerie avortée au Régiment d’appui et de soutien à Amparibe.
Mais, lundi, le nouveau premier ministre ne s’est pas uniquement adressé aux hommes en treillis. Sa mise en garde a été en outre destinée à la classe politique avec en priorité les trois mouvances qui contestent les décisions unilatérales du Président Rajoelina, rejetant le processus consensuel et inclusif. « Les trois mouvances font de la politique et moi, je gère la Transition. J’ai un objectif, à savoir la mise en place de la IVe République. Si les hommes politiques veulent mesurer leur popularité, qu’ils se présentent aux élections pour prouver leur valeur et non pas me gêner dans mes actions », a-t-il soutenu en marge de la cérémonie.
Pour l’opposition, la réunion d’Ivato est une « manœuvre visant à faire croire à la communauté internationale l’unité de l’armée derrière Andry Rajoelina ». Ces propos ont été tenus par Fetison Rakoto Andrianirina. Quant à Emmanuel Rakotovahiny, il a déclaré : « Monsieur Camille Vital est un baroudeur. Mais quel résultat a-t-il obtenu à la suite du rendez-vous d’hier ? ».


