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    Le Président Barack Obama sanctionne l’économie malgache

    Madagascar ne bénéficie plus du partenariat commercial privilégié avec les États-Unis

    Par Joël Sylvain Rasamoely | 28/12/2009

    (Mada) Le Président Barack Obama a confirmé la suspension de trois pays africains dont Madagascar du programme américain AGOA, qui favorise les échanges commerciaux avec l’Afrique. En agissant ainsi, les Etats-Unis sanctionnent l'économie malgache. C’est que, très dépendante de ce programme, celle-ci en sera durement affectée.

    Comme il fallait s’y attendre, le Président américain Barack Obama a annoncé le 24 décembre la suspension de Madagascar, pendant l’année 2010, à l’Africa Growth Opportunity Act (AGOA). Celle-ci est un programme américain qui favorise les échanges commerciaux de l’Afrique avec les Etats-Unis.

    Traduite en français par « Législation sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique », l’AGOA est une loi américaine qui permet à certains Etats africains (déclarés éligibles par le gouvernement américain) d’exporter vers les Etats-Unis des produits en exonération de droits de douanes. Signée le 18 mai 2000, pour 4 ans elle a été amendée en 2002 pour une fin en 2008 mais elle est prolongée jusqu’en 2015.

    Quarante et un pays africains sont aujourd’hui éligibles à l’AGOA. Ils ont été acceptés car ils entreprennent des réformes économiques et politiques permettant notamment la bonne gouvernance, le libre accès au marché, la lutte contre la corruption, les droits syndicaux et la réduction de la pauvreté.

    Ces pays sont évalués tous les ans et leur éligibilité est renouvelée par le gouvernement américain au mois de décembre. Pour Madagascar, le rétablissement de l’ordre constitutionnel dans la Grande Ile était une des conditions imposées par Washington pour le maintien de l’éligibilité du pays. Cependant, l’évolution de la situation ne l’a pas satisfait d’où cette décision prise par le Président Obama la veille de noël. En fait, l’incapacité persistante des dirigeants politiques malgaches à s’entendre sur la transition a rendu le processus inéluctable. « Si d’ici le 15 décembre, il n’y a pas de gouvernement d’union nationale et consensuel, il n’y aura rien à faire », avait averti, sans succès, l’ambassadeur américain à Antananarivo au début du mois.

    A Madagascar, les industries textiles installées dans les zones franches profitent des opportunités offertes par l’AGOA. Employant actuellement quelque 100 000 personnes, elles exportent essentiellement leur production aux Etats-Unis avec des recettes annuelles qui sont estimées à 300 millions de dollars.

    L’exclusion de l’AGOA est particulièrement dramatique pour la Grande Île qui avait su tirer partie de cette opportunité pour développer son industrie textile. Pas moins de 85% de ses exportations étaient jusqu’à présent réalisées vers les Etats-Unis dans ce secteur rendu dynamique par les investissements étrangers. Mais, avec la suspension de l’AGOA, ces entreprises ne seront plus compétitives sur le marché américain. Le relèvement des droits de douane (désormais entre 10 et 35%) pourrait même être fatal à de nombreux ateliers de confection.

    Dans ce contexte, le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) de Madagascar estime que 20 000 emplois directs et 150 000 indirects pourraient maintenant être détruits, dans un pays qui en a déjà perdu plus de 200 000 depuis le début de l’année.

    Selon les observateurs, la suspension de l’AGOA est donc extrêmement dommageable à l’économie malgache dans la mesure où, outre les emplois perdus, Madagascar perdra également plus de 300 millions de dollars d’exportation. Une perte qui influera évidemment sur le cours des changes. Autrement dit, l’ariary risque de nouveau de dégringoler puisque les recettes en devises tirées des exportations des entreprises franches ont joué, jusqu’à présent un rôle majeur dans le maintien de la compétitivité de la monnaie nationale. Avec ce que cela suppose de hausse de prix des produits importés qui constituent jusqu’à présent la majorité de la consommation des ménages malgaches.

    L’Express de Madagascar parle de la substitution de la filière textile par d’autres secteurs d’activités. Mais, le quotidien indique qu’une telle substitution met des employés des industries textiles de la zone franche dans le doute. A ce propos, l’un d’entre eux déclare : « Des promesses ont été lancées quant à la création de nouvelles activités pour la reconversion des employés des entreprises franches. Qui nous dit que cette mesure se concrétisera dans l’immédiat ? D’autant plus que nous avons entendu parler d’une orientation dans le domaine de l’informatique et des nouvelles technologies, alors que tous les employés n’ont eu, ni la formation ni la capacité pour ce genre de travail ». Le journal rapporte par ailleurs que devant cette réelle menace de se retrouver au chômage, les travailleurs revendiquent plutôt auprès des dirigeants, la création d’un système de subvention pour les investisseurs. L’objectif étant de les persuader de rester à Madagascar en les rendant compétitifs sur les marchés extérieurs. Les employés ne perdront pas ainsi leur gagne-pain.

    Au niveau des décideurs, retenons les déclarations récentes dans la presse de Richard Fienena, ministre de l’économie et de l’industrie : « Si malheureusement le pays est suspendu de l’AGOA, l’État sera prêt à assumer ses responsabilités. (...) Il faut expliquer que l’AGOA permet, en fait, aux produits malgaches d’être compétitifs en entrant sur le marché américain, grâce à la suppression des droits de douane. La solution serait donc de trouver les moyens de diminuer ce coût et de maintenir la compétitivité de nos produits. Il existe de nombreuses possibilités à étudier. La dévaluation de l’ariary pour favoriser l’exportation est une des solutions qui ont déjà été proposées par certains techniciens. Car si l’ariary se déprécie, cela donnera des avantages aux exportateurs. Mais ce n’est pas la seule option. Différents départements, comme le ministère de la Fonction publique, se penchent déjà à l’heure actuelle sur la question, et je pense que l’État saura prendre les bonnes décisions en temps voulu. Des mesures sociales peuvent être aussi mises en place. Mais, ces mesures ne seront prises qu’en dernier recours. Comme je l’ai dit, il existe encore d’autres solutions envisageables pour maintenir la compétitivité de nos entreprises franches ».Et d’ajouter : «Je précise que l’application de ces solutions ne sera pas faite de façon unilatérale. Toutes les entités seront consultées dont, entre autres, le secteur privé ».

    Quoi qu’il en soit, Midi Madagasikara, s’inquiète. « La situation risque d’empirer si des mesures adéquates ne sont pas prises, écrit-il. On attend donc les fameuses alternatives à l’AGOA, déjà annoncées par le ministère de l’Industrie. Mais là, les observateurs sont septiques en faisant référence aux promesses d’aides à accorder aux entreprises victimes des casses du 26 janvier 2009. En effet, comme les autres promesses annoncées par les autorités de transition, ces aides aux entreprises victimes n’ont pas été suivies d’actions concrètes ».

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