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POLITIQUE

Ravalomanana n’hésite pas à porter les attributs des cow-boys américains.
Marc Ravalomanana : Un penchant évident pour le pays de l’Uncle Sam
Par Richard Claude Ratovonarivo I 28/10/2009(Mada) Ces derniers temps, la France est vivement critiquée par la mouvance Ravalomanana lors de ses meetings. A tort ou à raison, Paris est considéré par les manifestants comme ayant encore des velléités coloniales à Madagascar. Mais, ces attaques verbales pourraient aussi s’expliquer par le fait que le chef de file des manifestants, en l’occurrence l’ancien président Marc Ravalomanana, n’a jamais caché son antipathie à l’égard de l’ancienne puissance coloniale de la Grande Ile. Dans un pays où les membres de la classe politique sont des francophiles dans leur grande majorité, l’ancien chef de l’Etat s’affiche comme un dirigeant plus anglophone que francophone.
Contre toute attente, Washington a officiellement reconnu en juin 2002 le pouvoir du président investi Marc Ravalomanana, au détriment de celui du président sortant Didier Ratsiraka. Ces deux personnalités, arrivées en tête des élections présidentielles de décembre 2001, se sont alors disputées le pouvoir, entraînant la Grande Ile dans une grave et longue crise politique ainsi que sociale de plus de six mois.
En reconnaissant le pouvoir du président Ravalomanana, c’est un véritable camouflet que les Etats-Unis ont infligé à la France, ancienne puissance coloniale à Madagascar. Le soufflet est d’autant plus cinglant que les Américains ont agi ainsi sans en informer au préalable les dirigeants français alors que ces derniers ont toujours considéré Madagascar comme faisant partie de leur « Pré carré africain ».
De fait, les Américains ne se sont plus alors alignés sur la position adoptée par Paris à propos du règlement de la crise malgache. Pendant plusieurs mois, en effet, la communauté internationale a avancé une solution commune pour sortir la Grande Ile de la crise. C’est celle que la France a voulue et que l’OUA a eu la charge d’imposer aux Malgaches. Cette solution a préconisé la non-reconnaissance à la fois de Ratsiraka et Ravalomanana, en lutte ouverte pour le pouvoir. Elle a néanmoins proposé la tenue d’une consultation électorale au terme d’une période de transition pour départager les deux protagonistes. Et ce, malgré la proclamation, le 29 avril 2002, de l’élection de l’ancien maire d’Antananarivo à la présidence de la République à l’issue d’un second décompte de voix, et aussi, l’investiture officielle de celui-ci le 6 mai 2002.
Or, Washington a rompu unilatéralement cette belle unanimité, a fait cavalier seul et a ignoré par la même occasion les chasses gardées en Afrique.
Sans doute, l’attitude américaine a-t-elle été dictée par l’évolution de la situation qui prévalait alors à Madagascar, où le pouvoir de Ravalomanana s’est affirmé de jour en jour. Mais, elle pourrait aussi être l’aboutissement d’une réflexion interne au sein de l’administration du président Georges W. Bush qui, à plusieurs reprises, a émis à propos de la crise malgache, des avis dont la teneur n’a pas toujours coïncidé avec les préoccupations affichées par le gouvernement de Jacques Chirac.
Quoi qu’il en soit, avec le recul, l’initiative américaine semble s’inscrire dans une certaine logique dans la mesure où Ravalomanana est considéré comme étant à la fois un francophobe et un pro-américain. Contrairement aux autres membres de la classe politique locale qui, dans leur grande majorité, sont des francophiles.
L’ancien président Ravalomanana qui parle le malgache, le français et l’anglais, est plus à l’aise dans la langue d’Ernest Hemingway ou de William Shakespeare lorsqu’il s’adresse à des étrangers. Son attachement à l’anglais est tel qu’il en a fait en 2007 la troisième langue officielle de son pays, aux côtés du malgache et du français. Cette initiative a été perçue par les observateurs comme une lubie présidentielle plus que comme une nécessité. La langue anglaise est ignorée par la quasi-totalité des habitants de Madagascar qui ne parle que malgache alors que le français est utilisé comme la langue de travail dans les administrations, la politique et les affaires.
Obsédé par la pratique de la langue anglaise, Ravalomanana est devenu à la tête de son pays un anglomane qui s’évertue à angliciser les services de l’Etat. Ainsi, à la Présidence, le chef de cabinet porte le titre de chief of staff, la grande salle de réunion est baptisée Building Conference et l’avion présidentiel s’appelle Air Force One. Dans le domaine des renseignements, la Direction générale d’investigation et de documentation intérieure et extérieure (DGIDIE) a été remplacée par le Central Intelligence Service (CIS). Au gouvernement, les ministres doivent respecter des business plans. Dans les collectivités décentralisées, les responsables des Fonkontany (communautés villageoises de base) participent à des workshops pour le leadership et le management. Même dans le cercle sportif, chaque fédération est dotée d’un ministre fervent du sport qui s’improvise comme coach.
Dans les affaires, Ravalomanana a aussi la manie d’utiliser des mots et des appellations en anglais. Ainsi, par exemple, il a dénommé, d’une part, Malagasy Broadcasting System (MBS) sa chaîne de télévision et ses stations de radio et, d’autre part, Blueprint l’imprimerie qui imprime ses journaux quotidiens.
Dans la vie quotidienne, il ne cache pas son attirance pour la culture et la mode de vie américaines. N’hésitant pas à porter le chapeau melon et les bottes en cuir qui sont les attributs des cow-boys dans les ranchs américains. Préférant les véhicules américains pour ses déplacements privés. Partant en vacances aux Etats-Unis, inscrivant son tout dernier à l’école américaine d’Antananarivo et son fils cadet à l’université anglaise de Londres.
Ayant un penchant pour le pays de l’Uncle Sam (1), Ravalomanana ne cache pas que sa réussite dans le monde des affaires et de la politique relève d’une ascension à l’américaine. A la manière d’un Rockefeller, garçon d’ascenseur devenu une des plus grosses fortunes du monde ! C’est le moins que l’on puisse dire quand on sait que l’ancien Premier malgache était un simple laitier aux pieds nus avant de devenir un richissime industriel puis un authentique chef d’Etat. Un véritable success story qui fait encore rêver dans les chaumières de la Grande Ile.
Anglophone convaincu, ce self-made man a bâti son empire industriel et sa carrière politique avec le soutien des services de puissants lobbies à Washington. C’est que, il s’est toujours affiché comme un fervent chrétien, un entrepreneur fonceur, un politicien imbu de démocratie et adepte de l’économie libérale. Autant d’aptitudes qui ne peuvent que plaire aux Américains. D’autant que, dans l’exercice du pouvoir, Ravalomanana ne jure que par le modèle anglo-saxon. Le fait que celui-ci ait été le premier chef d’Etat africain à obtenir le Prix du Leadership lors de la Corporate Council on Africa, à Baltimore aux Etats-Unis, n’est donc pas le fruit du hasard.
L ‘ancien « Monsieur Afrique » du Palais de l’Elysée, Michel Dupuch, n’a pas eu tout à fait tort en confiant en juin 2002 après l’annonce de la reconnaissance de Washington du pouvoir de Ravalomanana en pleine crise politique à Madagascar : « Tout cela ressemble fort à un complot américain, avec Abdoulaye Wade comme relais, pour installer Marc Ravalomanana au pouvoir et porter préjudice à l’influence française dans l’océan Indien ». Un avis partagé, semble-t-il, par l’ancien président Jacques Chirac en personne.
Dans ce contexte, la présence à la tête de l’Etat d’un personnage qui est perçu comme « l’homme des Américains » laissait bien augurer de l’avenir des relations américano-malgaches. Mais, Marc Ravalomana était obligé d’abandonner le pouvoir, il y a quelques mois. Aujourd’hui, il cherche encore, par tous les moyens, à revenir aux affaires...
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(1)Uncle Sam est la personnification ironique des Etats-Unis dont le nom est tiré des lettres « USAm » (United States of America).






