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POLITIQUE

Luttes pour le pouvoir ... dans la rue
Dix propositions pour en finir avec la malédiction cyclique
Par Richard Claude Ratovonarivo | 01/10/2009(Mada) Pour la énième fois, la nation malgache entame une période de transition politique majeure. Une malédiction cyclique qui pèse sur le pays depuis l'Indépendance, il y a près de cinquante ans. Et à chaque fois, à cause d'un chef d'Etat qui s'est plutôt imposé à la tête du pays que véritablement choisi par le peuple. Celui-ci a été élu en trichant. Celui-là est parvenu au pouvoir en fomentant un coup de force. Tel autre a profité d'un mouvement populaire pour s'incruster.
Mais, quel que soit la forme de la prise du pouvoir, c'est du pareil au même ! Dans tous les cas, en fait, ces derniers sont, tout simplement, des dirigeants mal élus. En conséquence, ils sont contestables et contestés à terme. Et ils n'arrivent à se maintenir au pouvoir que jusqu'au jour où le peuple souverain se rend compte de la supercherie et met le holà à l'imposture.
C'est un éternel recommencement car il est vrai qu'à Madagascar, l'histoire s'est, à maintes reprises, répété sans qu'on en ait réellement tiré des leçons.
Alors, comment se débarrasser de cette malédiction cyclique ? La réponse est simple, limpide et logique : il suffit de s'en tenir scrupuleusement au choix exprimé par le peuple souverain.
Facile à dire qu'à faire ! N'empêche qu'un tel challenge pourrait être tenu, en édictant des règles claires et précises concernant les élections présidentielles à venir. Des règles que, seule, une volonté populaire exprimée par referendum pourrait changer. A condition que les résultats reconnus soient l'expression de la majorité absolue des électeurs inscrits. Alors que jusqu'ici, on s'en tenait aux résultats des suffrages exprimés, quel que soit le taux de participation enregistré. Exit donc le bon vouloir des parlementaires aux ordres qui n'agissent pas dans l'intérêt supérieur de la nation, mais dans celui, uniquement, de leur majorité politique.
Dans cette perspective, nous nous permettons aujourd'hui de proposer des reformes allant dans le sens de notre souhait. Voici donc nos propositions :
1. Il faudrait au préalable mettre en place une entité indépendante chargée de l'organisation des élections. Une tâche attribuée jusqu'ici au Ministère de l'Intérieur qui délègue certaines de ses fonctions au CNE. Ainsi, la majorité au pouvoir ne sera plus à la fois juge et partie. Une situation qui a été jusqu'ici préjudiciable aux candidats de l'opposition et ceux dits indépendants.
2. Il faudrait que les élections présidentielles se déroulent régulièrement à une date fixée une bonne fois pour toute. Ainsi, les candidats de l'opposition ne seront plus pris au dépourvu. Contrairement aux candidats du pouvoir qui, eux, connaissent à l'avance les dates des échéances électorales et prennent donc de l'avance sur leurs adversaires au niveau de la préparation de leur campagne électorale. Aux Etats-Unis, par exemple, le scrutin présidentiel se tient immanquablement le 4 novembre précédant la fin d'un mandat présidentiel. Pour Madagascar, la date à choisir devra notamment tenir compte des contraintes dues aux aléas climatiques ou liées aux activités professionnelles de la grande majorité de la population. En effet, l'organisation d'une consultation électorale est à éviter en période cyclonique ou pendant la période des grands travaux agricoles.
3. Il faudrait permettre à tout citoyen malgache, jouissant de tous ses droits civiques, de se présenter aux élections présidentielles. Aucune limitation d'âge, de sexe, d'origine et de lieu de résidence ne devrait être permise.
4. Il faudrait que l'élection des présidents de la République soit pour toujours au suffrage universel, levant ainsi toute tentation d'élection par voie parlementaire. Par ailleurs, le nombre des mandats des chefs d'Etat devrait être limité à deux, que ceux-ci soient successifs ou par intermittence. De plus, chaque mandat devrait être réduit à quatre ans, au lieu de cinq ans actuellement, car il est prouvé que, en cas de double mandat, l'usure du pouvoir n'épargne pas les dirigeants malgaches à l'approche de leur dixième année à la tête du pays.
5. Il faudrait utiliser lors du scrutin un bulletin de vote unique où chaque électeur cochera le candidat de son choix. Cette formule, largement utilisée dans le monde, mettra fin à l'utilisation d'un bulletin de vote par candidat qui a été jusqu'ici à l'origine de fraudes massives. Elle facilitera, par ailleurs, le recomptage des voix en cas de contestation des résultats électoraux.
6. Il faudrait permettre à chaque électeur de voter uniquement avec sa carte d'identité nationale. A condition qu'il soit inscrit sur la liste électorale. Celle-ci devrait par ailleurs être consultable par tout citoyen. Fini donc les cartes électorales dont la confection constitue une importante charge financière pour l'Etat. Fini également les ordonnances délivrées par les juges le jour du scrutin qui permettent aux électeurs dont les noms ne figurent pas sur la liste électorale de voter. Cette mesure a été aussi jusqu'ici à l'origine d'abus.
7. Il faudrait permettre aux Malgaches de l'étranger de voter soit dans les représentations diplomatiques (ambassades et consulats), soit sur Internet, soit par correspondance. Ainsi ceux-ci ne seront plus considérés comme des citoyens de seconde zone, indignes de faire partie du corps électoral malgache car ils sont, semble-t-il, dans leur majorité des opposants notoires ou des opposants qui sommeillent. De ce fait, ils ne peuvent que mal voter. Comprendre par là : voter contre le souhait du régime en place.
8. Il faudrait veiller au respect du traitement égalitaire des candidats durant la campagne électorale. Ainsi, l'accès de ces derniers aux médias publics devrait être garanti et leur temps de parole devrait être convenablement reparti.
9. Il faudrait que tout citoyen qui, souhaite dénoncer des infractions électorales puisse saisir personnellement les juridictions compétentes. A condition qu'il fournit des preuves à l'appui de sa plainte.
10. Il faudrait que, dans le cadre d'une législation sur le financement des partis politiques, la transparence soit de mise quant au montant du budget de campagne de chaque candidat. Par ailleurs, l'Etat devrait rembourser une partie des frais électoraux des candidats qui auront obtenu un pourcentage de voix conséquent lors du scrutin.
Ces propositions, en dix points, visent surtout à organiser des élections crédibles. En permettant, essentiellement, le respect de la vérité des urnes et la suppression des fraudes électorales. Ce qui diminuerait, par ailleurs, les contestations et les litiges postélectoraux.
Nous espérons que nos propositions, qui pourront évidemment être enrichies par d’autres contributions, seront entendues, prises en considération, et débattues lors d’un débat démocratique sur le sujet. Ce débat devrait, à notre avis, se tenir le plus vite possible.


