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    Jacques Sylla sur la place du 13 mai

    Disparition de Jacques Sylla

    Par Joël Sylvain Rasamoely | 28/12/2009

    (Mada) Me Jacques Hugues Sylla est mort samedi 26 décembre à l’âge de 63 ans, suite à une longue maladie. Jusqu’ici, aucune information officielle sur les causes exactes du décès n’a été divulguée mais il convient de noter que le personnage était déjà affaibli et amaigri par la maladie depuis quelques mois. D’après les indiscrétions, il a été atteint d’un cancer de la prostate.

    Cet avocat, originaire de l’île Sainte Marie, jouissant de la double nationalité franco-malgache, est devenu un homme politique incontournable de la scène politique malgache au cours de ces deux dernières décennies. Elu plusieurs fois député, Sylla a été ministre des Affaires étrangères sous la présidence d'Albert Zafy, du 27 mars 1993 au 5 septembre 1996, puis Premier ministre du 26 février 2002 au 20 janvier 2007 sous la présidence de Marc Ravalomanana. Il a été élu président de l’Assemblée nationale le 23 octobre 2007, puis il a assuré la présidence du Congrès de la Transition du 9 août 2009 au 12 novembre 2009.

    Fervent catholique, marié à l’historienne Yvette Rakoto et père de quatre enfants, Jacques Sylla était un proche du cardinal Armand Razafindratandra. Sa proximité avec ce prélat a contribué à son accession au poste de Premier ministre de Ravalomanana en 1993. Mais, lors des événements de cette année, il a quitté la mouvance de ce dernier pour se rapprocher d’Andry Rajoelina.

    Pour la petite histoire, notons que Jacques Sylla a débuté sa carrière politique en devenant ministre des Affaires étrangères, un poste ministériel que son père avait longuement occupé durant la première République.

    Ce matin, l’Express de Madagascar retient surtout de Jacques Sylla le souvenir d’un homme qui a bravé de grandes épreuves politiques. Ainsi, il écrit dans ses colonnes : « Connu pour sa fermeté et sa rigueur, « Vazaha be» comme on le surnommait, était l’homme qu’il fallait à Marc Ravalomanana après la crise de 2002. Le tandem de fer que les deux chefs de l’Exécutif formaient alors, avait permis au régime de connaître pendant cinq ans une certaine stabilité, au point d’étouffer l’opposition. Beaucoup d’hommes politiques ne le portaient pas dans leur cœur, et n’hésitaient pas à le faire savoir, mais gardant sa stature d’homme d’État, il résistait, répliquait parfois, sans broncher».

    D’une manière anecdotique, le quotidien parle de Jacques Sylla, comme d’une personnalité très à cheval sur les principes au point de paraître froid et distant. Ce qui n’empêche pas ceux qui l’ont côtoyé de lui rendre l’hommage qu’il mérite. « Il m’a beaucoup appris sur le protocole », affirme un ancien membre de ses gouvernements, reconnaissant.

    Et le journal d’indiquer que quand les circonstances l’exigeaient, Jacques Sylla n’hésitait pas à déroger aux règles qu’il s’est imposé lui-même. Des moments qui restent pourtant aussi rares qu’exceptionnels durant la carrière politique de l’avocat d’affaires. Méticuleux et pointilleux, Jacques Sylla n’hésitait pas à intervenir, même pour des questions jugées à tort ou à raison de «détails ». Quand l’hymne national était joué différemment d’une région à une autre, le Premier ministre qu’il était publiait une note officielle demandant l’uniformisation du rythme du « Ry Tanindrazanay Malala ». Il allait jusqu’à pousser ses ministres à se changer lorsque la tenue de ces derniers ne correspondait pas aux circonstances.

    Pour Midi Madagasikara, Jacques Sylla a été un personnage hors du commun. « De par son teint métissé, sa grande culture et son aisance dans la langue française, il a complété Marc Ravalomanana dans ses difficultés de relation avec la France et les pays francophones », précise-t-il. Et le quotidien de noter que, grâce au défunt, le passage du président Jacques Chirac et de plusieurs ministres du gouvernement français témoignent d’une confiance qui a permis la réalisation d’une coopération significative. La réduction de la dette malgache par le club de Paris ainsi que la facilitation des réalisations telles que le boulevard de l’Europe ou le marais Masay, n’en sont que des exemples. Par ailleurs, le journal indique que de par son appartenance à la religion catholique, dont il figure en bonne place, avec son épouse, parmi les intellectuels les plus actifs, Jacques Sylla a apporté la confiance des catholiques au régime de Marc Ravalomanana. Cependant, à cause des rivalités politiques et des ambitions au sommet pour le contrôle du pouvoir et du parti TIM, il fut écarté du poste de Premier ministre pour devenir, après les élections législatives de 2007, le Président de l’Assemblée nationale. Certains ne lui pardonneront pas, en 2009, son ralliement à Andry Rajoelina en arborant le V de la victoire sur la place du 13 mai, alors qu’il dirigeait la veille la délégation de négociation du camp Ravalomananana. Il restera néanmoins à la tête de l’Assemblée Nationale et pour quelques mois président du Congrès de la transition jusqu’ à la passation qu’il effectuera avec son successeur désigné par les accords de Maputo et d’Addis-Abeba, mi - novembre dernier. « Ce jour-là, écrit Midi Madagasikara, Jacques Sylla sera vu en public pour la dernière fois. Son physique amaigri n’aura échappé à personne. Le grand homme s’en est allé pour toujours sans bruit samedi ».

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