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  • ULTIMATUM D’ADDIS-ABEBA

    ultimatum

    A la réunion d'Addis-Abeba

    Un avertissement sans frais qui permet à Andry Rajoelina d’agir

    par Joël Sylvain Rasamoely | 22/02/2009

    (Mada) Le Groupe International de Contact sur Madagascar (GIC-M) et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine (CPS) se sont penché successivement sur le dossier malgache, à la fin de la semaine dernière, à Addis-Abeba. Afin d’aboutir à une sortie de crise dans la Grande Ile, le premier préconise toujours sa solution, à savoir le respect des Accords de Maputo des 8 et 9 août 2009 et de l’Acte Additionnel d’Addis-Abeba du 6 novembre 2009. Ces accords ont été signés de bon gré par les protagonistes de la crise malgache, à savoir les quatre mouvances politiques dirigées par le Président Andry Rajoelina et les anciens chefs d’Etat Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy, mais ils sont jusqu’ici restés sans effet. Quant au CPS, il menace dorénavant la partie récalcitrante, en l’occurrence celle du Président Rajoelina, de sanctions ciblées si d’ici le 16 mars prochain, elle n’accepte pas l’application de ces accords.

    C’est à l’initiative du Président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, et dans le cadre des efforts relatifs au processus de sortie de crise à Madagascar, que le GIC‐M a tenu sa 5ème réunion à Addis-Abeba, sous l’égide de l’UA, le 18 février. Outre l’UA, cette réunion a regroupé les représentants des organisations et pays ci‐après : Commission de l’Océan Indien (COI) ; Nations unies ; Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ; Communauté de développement de l’Afrique australe ‐ SADC (à travers la République démocratique du Congo – RDC, en tant que pays assurant la présidence en exercice de la SADC, le Mozambique, en tant que pays assurant la présidence de l’Organe de coopération en matière de politique, de défense et de sécurité de la SADC, et le Secrétariat de la SADC) ; et Union européenne (UE). Le Malawi, en sa qualité de pays assurant la présidence en exercice de l’UA, et l’Ouganda, en sa double qualité de pays assurant la présidence du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA pour le mois de février et de membre africain non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que le Gabon et le Nigeria, en en leur qualité de membres africains du Conseil de sécurité des Nations unies, et les membres permanents de cet organe ont également pris part à la réunion. De même que l’Allemagne et le Japon, en tant que pays partenaires de Madagascar. L’ex- président mozambicain Joaquim Chissano, chef de l’Equipe de médiation de la SADC, a pris part aux discussions.

    Après avoir passé en revue l’évolution de la situation à Madagascar, le groupe a constaté les positions des quatre protagonistes de la crise malgache. Ainsi, il a noté que les mouvances Ratsiraka, Ravalomanana et Zafy ont marqué leur accord général avec les propositions du GIC-M. Il a en outre noté le dialogue qui s’est instauré entre la Médiation internationale et la Mouvance Rajoelina, dont la réaction, a-t-il estimé, ne s’inscrit pas pleinement dans le cadre des propositions de solutions de compromis soumises par le Président de la Commission de l’UA Jean Ping à Antananarivo les 21 et 22 janvier dernier. Il lui a donc instamment demandé de coopérer à la mise en œuvre rapide des Accords de Maputo et de l’Acte Additionnel d’Addis-Abeba. Un avertissement sans frais en somme !

    Ce qui est aussi le cas de la part du CPS qui s’est réuni le lendemain de la réunion du GIC-M. Le CPS reconnaît que la mouvance Rajoelina constitue un obstacle au processus de retour à l’ordre constitutionnel à Madagascar. Il lui donne donc jusqu’au 16 mars prochain pour se conformer aux accords de Maputo et d’Addis-Abeba. Sinon, dès le 17 mars des sanctions ciblées seront appliquées.

    Pour la petite histoire, notons que le 17 mars coïncide avec la date anniversaire et de la chute de Marc Ravalomanana, et de la prise du pouvoir d’Andry Rajoelina.

    Quelles seraient la nature de ces sanctions ? Ces dernières peuvent aller de l’interdiction de voyage jusqu'à la demande d’inéligibilité des auteurs du changement anticonstitutionnel, en passant par le gel des avoirs et l’isolement diplomatique en cas de refus d’obtempérer. A en croire Madagascar Tribune, ces sanctions concerneraient une centaine de personnes.

    Comme l’a reconnu Jean Ping dans son discours inaugural de la réunion du GIC-M, celle-ci intervient dans un contexte marqué par une impasse dans la mise en œuvre des Accords de Maputo et de l’Acte additionnel d’Addis-Abeba, et ce à la suite d’une série de mesures unilatérales prises par les autorités en place à Antananarivo relatives à la conduite de la Transition, y compris l’abrogation de la Charte de la Transition et la révocation du Premier ministre de consensus, soutenant que la mise en œuvre des Accords de Maputo et de l’Acte additionnel d’Addis-Abeba était devenue impossible, tout autant que la cohabitation de la Mouvance Rajoelina avec les trois autres.

    Pour l’heure, le Président Rajoelina n’a pas encore donné son avis après l’ultimatum de l’Union africaine. Avant la tenue de la réunion du GIC-M et de celle du CPS, il a clairement indiqué qu’il s’en tenait à l’organisation – unilatéralement, en somme - des élections législatives en mai prochain pour sortir Madagascar de la crise et ne craignait pas les sanctions éventuelles de la part de certains représentants de la communauté internationale.

    Selon l’Express de Madagascar de ce matin, le gouvernement se retrouve maintenant le dos au mur. Il pourrait donc profiter de ce mois d’ultimatum nécessaire à la mise en œuvre du mécanisme de sanctions, pour prendre les devants. Ainsi, il ne sera pas surprenant de voir le régime concrétiser les propositions qu’il a remises à Jean Ping. Il s’agit de la mise en place d’un gouvernement d’ouverture dirigé par Camille Vital, de la création du Conseil électoral national indépendant et, le cas échéant, de l'établissement d’une institution parlementaire. Afin de casser l’image unilatéraliste, il pourrait aller jusqu’à refaire le coup du gouvernement Monja Roindefo II. Des négociations individuelles pourraient être engagées au-delà de la mouvance Rajoelina afin de ratisser large dans l'installation des institutions avant les élections.

    Pour l’instant, le quotidien estime que les premières réactions au sein de la HAT privilégient la voie unilatérale plutôt que le retour au processus de Maputo. « Mais le pari n’est pas gagné d’avance, écrit-il. Le régime, en proie à des luttes intestines, devra savoir serrer les rangs dans la mesure où la pression montera au fur et à mesure que le délai de l'ultimatum expire ».

    Quoi qu’il en soit, il semble que l’ombre des sanctions évoquées n’est pas de nature à faire reporter les élections. A ce propos, l’Express de Madagascar rapporte des propos significatifs d’Annick Rajaona, porte-parole de la présidence de la HAT. Celle-ci a confié à notre confrère : «On en prend acte (communiqués du GIC et du CPS). Pour notre part, l’idée d’organiser les élections est incontournable. L’objectif est de revenir à l’ordre constitutionnel par la voie des urnes ».

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