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  • CRISE MALGACHE

    Zafy

    Albert Zafy, ancien présdent de la République

    L’opposant Albert Zafy s’explique

    Entretien condensé par Joël Sylvain Rasamoely | 20/01/2010

    (Mada) Ancien président de la République, Albert Zafy est un des leaders des trois mouvances politiques qui constituent l’opposition actuelle. Répondant aux questions de l’Express de Madagascar, il donne ses points de vue à propos de la crise, dans les colonnes de ce confrère.

    « A la Mouvance Madagasikara, nous avions voulu installer nos ministres, mais la communauté internationale nous a demandé de ne pas agir de manière unilatérale. C’est pourquoi nous avons suspendu ce programme. Maintenant, nous allons installer les membres du Congrès de la Transition parce qu’ils incarnent la légalité. Mais nous attendons le moment propice, quand les conditions seront plus favorables. Les membres du Congrès ont été légalement nommés. Ils ont été désignés par consensus. Ce sont sur les membres du gouvernement qu’il n’y a pas eu d’accord ».

    C’est ce que déclare en substance Albert Zafy dans un long entretien paraissant ce matin dans les colonnes de l’Express de Madagascar. A l’instar de deux autres chefs d’Etat, en l’occurrence Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka, Albert Zafy est opposé au Président Andry Rajoelina. Avec Manandafy Rakotonirina il donne ces derniers temps l’impression de dominer le mouvement de l’opposition tandis que les partisans de Ravalomanana semblent prendre leurs distances. A ce propos, Zafy dit : « Nous sommes solidaires. Mais tout cela vient du harcèlement judiciaire dont certains leaders du mouvement font l’objet. Je ne citerai que le cas de Fetison Andrianirina ou de Mamy Rakotoarivelo. Dès que la HAT a vu qu’il y a une certaine cohésion entre les trois mouvances, elle s’est précipitée pour monter de toutes pièces des dossiers. Leur ministre de la Justice s’est empressée de parler de l’existence d’un mandat d’arrêt. Comme si elle était habilitée à émettre ces mandats d’arrêt ».

    Plus explicite, Albert Zafy précise : « Nous agissons au sein de la Mouvance Madagasikara, Celle-ci est juste une appellation. Chaque mouvance continue d’exister par elle-même. Il n’y a aucune structure ni organisation unique. Les chefs de délégations se réunissent au moins une fois par semaine et prennent ensemble les décisions. Il y a des contacts téléphoniques avec les deux autres chefs de file lorsque les chefs de délégations n’arrivent pas à régler certaines questions. Ceux à l'étranger ont parfois quelques réticences sur certains points, mais quand je leur explique les tenants et aboutissants des choses, compte tenu des réalités sur terrain, ils donnent finalement leur accord. Les décisions sont prises toujours par consensus. Jusqu’ici, il n’y a eu aucune mésentente ». Et d’ajouter : « Nous collaborions, mais nous gardions chacun notre autonomie. C’est le principe qui guide l’union des trois mouvances au sein de la Mouvance Madagasikara Nous ne fusionnons pas. Nous collaborons pour le respect et l’application des accords de Maputo I et d’Addis-Abeba. Ces accords internationaux que nous avons signés, sont nos seuls liens ».

    L’ancien président estime que l’alliance à trois qui est de mise au sein de la Mouvance Madagasikara n’est pas contre nature. « Aujourd’hui, dit-il, mes partisans travaillent ensemble avec ceux de Ratsiraka et de Ravalomanana. Ce sont les vertus de la vérité et de la réconciliation. Comment imaginer effectivement qu’avec tout ce que ma famille et moi avions subi, je puisse me réconcilier avec Didier Ratsiraka ? Mais je suis allé le voir en 2007, nous nous sommes parlés et nous nous sommes réconciliés».

    Parlant des manifestations actuelles de l’opposition, Albert Zafy indique notamment : «Nous manifestons à Anosy car nous avons préféré un terrain plus neutre. Magro est un endroit privé, trop rattaché à un camp, à une mouvance. Nous aurions voulu aller à Tsimbazaza pour y installer les membres du Congrès, mais comme ce quartier a beaucoup de ruelles, les milices peuvent facilement y faire leur loi. À Anosy, qui est aussi le quartier d’un palais du Parlement, ceux qui tentent de saboter le mouvement sont plus facilement repérables. Quant aux forces de l’ordre, il faut oser les affronter, ne pas avoir peur des grenades. Même les ministres que nous avons nommés y sont habitués. Nos partisans sont immunisés ».

    Quoi qu’il en soit, bon nombre d’observateurs estiment que les partisans des leaders actuels de l’opposition ne sont pas aussi nombreux que ce que l’on pouvait attendre du regroupement de trois forces. A ce sujet, Zafy explique : « Certains de nos militants sont sans doute bloqués par la crainte des forces de l’ordre. C’est pourquoi nous avons expressément choisi des gens prêts à affronter les grenades. Nos partisans y sont habitués depuis 2002. Sinon pour la mouvance Zafy, nos partisans sont plutôt en province, et agissent de leur côté ».

    Par ailleurs, Albert Zafy se défend de tenir un langage plutôt virulent qui ne colle pas avec l’image du «raiamandreny» qu’il veut projeter. « C’est que, déclare-t-il, je dois dire la vérité. Il faut que la vérité éclate avant que l’on puisse procéder à toute réconciliation. Mon rôle, en tant que président de la CNR, est de dire cette vérité. C’est grâce à moi que Maputo I a pu être débloqué. C’est moi qui ai suggéré que les questions pendantes de 2002 soient débattues et discutées entre Ratsiraka et Ravalomanana pour qu’ils puissent se réconcilier. C’est ainsi que l’accord sur l’amnistie des événements de 2002 a été signé. Didier Ratsiraka a pu vider son sac et Marc Ravalomanana a pu comprendre certaines choses. Et vice-versa. J’ai proposé la même chose pour les événements de 2009. Cela a pris du temps et cela n’a pas abouti à la même chose, mais au moins cela a permis d’avancer et d’aboutir aux accords de Maputo I ».

    Evoquant la solution de compromis que le président Jean Ping de l’Union Africaine va soumettre cette semaine aux différents protagonistes de la crise malgache, Albert Zafy souligne : « Pour nous, ce mot de compromis est important. Cela signifie que si une mouvance persiste dans une position anti-consensuelle, c’est la loi de la majorité qui sera appliquée. Comme on n’a pas pu trouver de consensus, on va donc en venir au compromis ». .

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