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CONTE & NOUVELLE
L’épouse trop maligne
par J. Thevenot | 01/11/2009(Mada) Afin d’éprouver les sentiments de ses compagnes, Rakotovao imagina de les tenter l’une après l’autre en simulant l’abandon d’une grosse coupure de monnaie...
Ceci n’est pas fréquent sur les Hauts-Plateaux mais Rakotovao avait trois femmes. Trois femmes qui partageaient la même maison, dispensaient leurs soins aux enfants des unes et des autres, faisaient la cuisine et les corvées du ménage et des champs toutes les trois ensemble ou séparément sans qu’il parut que rien ne troubla leur bonne entente.
Mais Rakotovao était vaniteux. Orgueilleux de sa petite fortune, de ses terres et de son troupeau. Vaniteux aussi de son harem qui était le seul connu à plusieurs lieues à la ronde. Afin d’éprouver les sentiments de ses compagnes, il imagina de les tenter l’une après l’autre en simulant l’abandon d’une grosse coupure de monnaie. A l’époque mille francs cela représentait quelque chose...
Avant de partir faire sa tournée habituelle du domaine, il glissa sous le bord d’une natte et en dessous du lit un billet de mille francs.
Lorsqu’il revint quelques heures après, il eut la joie de s’entendre appeler par sa première épouse qui lui tendit le billet.
« N’avez-vous pas perdu cet argent, mon maître ? » demanda-t-elle.
Rakotovao fit mine de fouiller ses poches et la remercia beaucoup en feignant de reconnaître qu’il lui manquait quelque argent.
Puis, une semaine se passa et il recommença son expérience lorsqu’il fut certain que sa seconde femme s’occuperait du ménage ce jour-là. Le billet fut égaré d’une façon analogue et d’une manière toute semblable le billet lui fut restitué...
Rakotovao ne s’avisa pas que ses femmes avaient pu parler entre elles de ses billets qui se perdaient et voulut poursuivre l’aventure avec la plus jeune et la plus jolie de ses épouses.
Mal lui en prit car le billet découvert – alors que ses deux amies avaient été écartées sous des prétextes peu plausibles – la jeune Raketaka dit aux enfants qui l’observaient :
« Regardez bien ; ceci n’est pas la place d’un bon billet qui pourrait être mangé par les rats... Et si les rats le mangeaient, voici ce qu’ils feraient... ».
Prenant le billet entre le pouce et l’index de chaque main, elle le déchiqueta devant les enfants qui tentèrent vainement de l’en dissuader, le billet qu’elle réduisit en morceaux minuscules et qu’elle déposa à l’entrée d’un trou de rat.
Lorsque le maître de maison arriva, il fut obligé de demander si l’on n’avait pas découvert un billet qu’il pensait avoir égaré. Raketaka se borna à faire l’ignorante. Rakotovao, fort étonné, dut donner des précisions :
« Cet argent était dans ma poche lorsque je me suis habillé ce matin...Comment se fait-il que vous ne l’ayez point remarqué ? »
« Oh ! fit la jeune femme d’un air innocent, c’est très dangereux de laisser traîner du papier dans cette maison : il y a beaucoup de rats et peut-être ont-ils mangé votre billet ? ». Elle marqua un moment d’hésitation avant de poursuivre : « Tenez, il me semble que j’ai vu des bouts de papier à l’entrée de ce trou de rats ».
Rakotovao y courut et amassa les débris de son billet qu’il considéra avec amertume. Toutefois, bien que les morceaux indiquassent qu’aucun rongeur n’y avait porté la dent, il attendit de trouver confirmation de ses soupçons avant de sévir.
Ce firent les deux enfants qui avaient assisté au dépeçage du billet qui lui dirent la vérité. Alors il appela Raketaka.
« Je vais vous raccompagner dans votre famille, ma chère enfant... Vous êtes bien jeune pour me donner une leçon et pas assez intelligente pour imiter vos aînées. Rentrez dans votre famille et épousez un jeune homme de votre âge. Il s’occupera davantage de vous que je ne saurai le faire mais si vous désirez lui donner des leçons, prenez garde qu’il ne vous apprenne à respecter son autorité par une vigoureuse correction qui n’est pas de mon tempérament ».
Raketaka s’en fit et regretta encore le bon logis et les bonnes amies qu’elle avait laissées chez le regretté Rakotovao.


