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SPECIAL LYON/HUMANITAIRE

Le Dr Michel Monsallier, vice-prédident, en consultation.
A droite, Mme Evelyne Monsallier Rabesahala, présidente.Bout à Bout : initiatrice de la première mutuelle de santé malgache
01/10/2009(Mada) Bout à Bout est une association humanitaire créée en 2005 à Ecully, près de Lyon, à l’initiative du Dr Michel Monsallier. Ses principaux membres sont des personnes exerçant des professions médicales et paramédicales, ainsi que des enseignants.
A l’actif de l’association : la mise en place de la première mutuelle de santé malgache dans l’île de Nosy Komba. Evelyne Rabesahala Monsallier qui préside actuellement Bout à Bout, nous parle notamment de cette expérience unique à Madagascar. Mais aussi d’un autre projet qui lui tient à cœur : la mise en service d’un « bateau de santé ». Il s’agit d’une structure de santé ambulante qui se déplacera d’îlot en îlot pour venir en aide aux villageois de l’archipel de Nosy Be.
O Mada : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Bout à Bout ?
Evelyne Rabesahala Monsallier :Lors d’un séjour précédant notre décision, mon mari et moi, nous étions calmement en train de nous reposer au bord de l’eau, quand nous avons vu passer une pirogue avec un groupe de pêcheurs. Un pêcheur venait d’avoir un accident de pêche et ses amis lui avaient fait un garrot. Ils se dirigeaient vers l’hôpital de l’île de Nosy Be, à deux heures de pirogue. Nous avons appris plus tard qu’il avait perdu sa jambe. Deux heures de garrot, ça n’arrange pas…
Plus tard, lors d’un autre séjour, nous avons appris qu’une jeune femme venait de perdre son bébé à l’accouchement. Il aurait fallu lui faire une césarienne et l’hôpital du nord de l’île de Nosy Komba n’est pas adapté pour cette intervention.
Aucun dispensaire dans le sud de l’île n’était en mesure de prendre en charge les malades des villages environnants. Le dispensaire situé au nord de l’île est à cinq heures de marche en passant par la forêt. Bien sûr cet accès n’est réservé qu’aux plus valides d’entre eux. L’autre possibilité est de se rendre en pirogue à l’hôpital de Nosy Be et cela prend au moins deux heures pour y aller. Autant dire qu’il n’est pas question d’urgence dans ces cas là.
O Vous avez créé la première mutuelle de santé malgache. Il s’agit là d’un projet pas évident à mettre en place. Comment avez-vous fait pour le réaliser ?
Il n’y a pas de sécurité sociale à Madagascar. Les habitants de l’île étaient obligés de payer chaque comprimé, chaque injection, chaque consultation dans un dispensaire privé. Aussi, avons-nous pensé à informer les villageois de l’opportunité de créer une mutuelle qui leur permettrait d’accéder plus facilement et gratuitement aux soins. La participation volontaire de chacun permet d’accéder à l’autonomisation des populations.
Pour une participation mensuelle de 3000 ariary, tous les membres de la famille du cotisant ont accès aux soins et services de santé et bénéficient de médicaments disponibles au dispensaire du village. Au début, ce n’était pas évident de proposer ce système aux villageois. Pourtant, ils ont vite compris l’intérêt d’une mutuelle et y ont rapidement adhéré. Cette mutuelle de santé compte aujourd’hui plus de 170 membres.
Avec ce système de recouvrement partiel des coûts et l’appui financier de l’association Bout à Bout, le dispensaire peut fonctionner normalement, sans rupture de médicaments tout au long de l’année. Les villageois n’ont plus ainsi à parcourir des kilomètres et à traverser la mer pour rejoindre une formation sanitaire et avoir accès aux soins et aux services de santé.
O La mutuelle de santé est un projet très ambitieux, envisagez-vous d’étendre ce système au-delà de l’île de Nosy Komba ?
Avant de penser à diffuser ce système dans la Grande Ile, je pense qu’il est important de venir d’abord en aide à ceux qui vivent dans des endroits difficiles d’accès. De nombreuses associations existent pour venir en aide à ceux qui habitent dans les villes et les endroits facilement accessibles. Mais quand il s’agit de venir en aide à des régions difficiles d’accès, on en trouve très peu. Cette mutuelle de santé est tellement efficace que nous envisageons même d’étendre ce projet vers les autres îlots environnants. Ces petites îles ont l’air paradisiaque mais la réalité n’est pas tout à fait pareille. Malheureusement, la plupart des riverains vivent dans des conditions précaires, dans des régions difficilement accessibles et ne bénéficient d’aucune protection sociale. Il leur arrive même d’attendre jusqu’à trois mois pour être transportés vers un centre de santé. Aussi, l’association envisage-t-elle sérieusement de construire un « Bateau de santé », en marge de cette mutuelle de santé.
O Comment vous est venue cette idée de « Bateau de santé »?
Cela fait déjà dix-huit mois que j’y pense et en avril 2007, j’ai commencé à gribouiller quelques lignes sur le carnet que je prends tout le temps sur moi. Nous avons mis de côté ce projet en attendant de finaliser correctement la construction du nouveau dispensaire et de l’école primaire dans le sud de l’île de Nosy Komba. C’est en observant la vie quotidienne des villageois que j’ai eu tout à coup cette idée. Nous ne pouvions construire un dispensaire sur chaque île, cela supposerait un coût trop important et les habitants ne sont pas si nombreux. Et pourtant, ils ont eux aussi besoin de soins…
L’idée est que cette fois-ci, c’est la structure de santé qui sera ambulante et se déplacera d’îlot en îlot pour desservir les villageois. Il s’agit d’une stratégie mobile où la santé va au devant des malades.
Nous aimerions construire un bateau médical adapté. J’aimerais que ça soit un boutre malgache car il s’agit d’un bateau typique et je voulais ainsi montrer que les Malgaches pouvaient faire des choses extraordinaires. Ce boutre pourrait soit être doté d’une salle aseptique, d’une pharmacie, d’une dentisterie... soit permettre de monter sur place une structure légère pour deux ou trois jours. Une équipe médicale franco-malgache dirigerait les tournées d’îlot en îlot. Maintenant, l’analyse plus approfondie du dossier nous amènera à déterminer s’il s’agit d’un boutre ou d’un autre type de bateau. Nous avons rencontré les autorités sanitaires et sociales de Nosy Be et avons discuté ensemble d’un futur partenariat.
O Vous construisez également une école primaire ?
En fait, les actions sociales de Bout à Bout ne se limitent pas au secteur santé. Elle œuvre également pour la promotion de l’éducation et de l’environnement familial (accès à l’eau et à l’habitat décent,...). Dans le domaine de l’éducation par exemple, l’association a mis en place une école primaire au sud d’Anjiabe, pour que les enfants soient épargnés des fatigantes marches à pied pour rejoindre l’établissement scolaire le plus proche.
Il s’agit d’une école multilingue car elle dispensera en plus du malgache, des cours de français et d’anglais. Il est important aujourd’hui que nos enfants puissent maîtriser ces trois langues, surtout dans un endroit touristique comme celui-là. De nombreux enfants ne peuvent se rendre à l’école pour différentes raisons. Il y a d’abord les enfants des villages situés dans les hauts de l’île qui doivent d’abord faire de nombreux kilomètres en passant par des chemins escarpés ou boueux avant de continuer sur la partie côtière pendant deux heures. Ils doivent alors passer par la plage et ne pas se blesser avec les huîtres qui se trouvent sur les rochers. Et quand la saison des pluies arrive, les accès sont impraticables. L’eau dévale les pentes et la mer est souvent déchaînée. Les tout petits sont épuisés lorsqu’ils arrivent à l’école. Nous nous adressons donc particulièrement aux tout petits, aux enfants des forêts et ceux qui habitent trop loin des structures existantes. Avec Frédéric Olmo, le chef de projet Ecole, et Radison, le futur directeur de l’école, nous travaillons sur un programme adapté. Nous n’oublions pas les activités artistiques, musicales et sportives.
Nous avons aidé également à la création d’une association de femmes pour promouvoir leur travail (notamment leurs broderies) ainsi qu’une association de jeunes piroguiers pour la construction traditionnelle de pirogues. Nous leur apporterons les outils pour la construction des pirogues et veillerons tout particulièrement à la coupe non abusive des arbres, dans le but de veiller au respect de l’environnement.
O Quand vous parlez d’autonomisation des populations, qu’entendez-vous par là ?
On dit bien qu’il vaut mieux apprendre à pêcher que de donner un poisson. Les villageois se sont adressés à nous après le succès de la mutuelle de santé. Cela montre bien qu’ils ont pris conscience de leur rôle dans leur évolution. Tout naturellement, ils ont compris qu’ils devaient être acteurs et non pas spectateurs. Ils savent que l’éducation est importante pour l’avenir de leurs enfants. Et c’est pourquoi, pour contribuer à l’éducation de leurs enfants, chaque maman se propose de broder une nappe et chaque papa fournira quelques gousses de vanille que nous offrons au parrain participant à la scolarité des petits. Ils participent ainsi activement à l’éducation de leurs enfants. En achetant les nappes et les gousses de vanille, les âmes généreuses pourront aussi participer à l’amélioration de l’éducation de ces enfants et des conditions de vie de ces villageois, qui ont l’opportunité d’habiter dans ces îles paradisiaques de l’archipel de Nosy Be.
Le bureau
Voici la composition du bureau de Bout à Bout : présidente : Evelyne Rabesahala Monsallier ; vice président : Dr Michel Monsallier ; secrétaire : Jocelyne Soubrier ; trésorière : Joëlle Lorge.






