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  • CHRONIQUE HISTORIQUE

    1947

    Philibert Tsiranana, premier président de la République malgache

    Il y a 40 ans: Le Président Tsiranana balayé par les événements de Mai 72

    par Richard Claude Ratovonarivo | 09/05/2012

    (MADA.pro) Pour la première fois depuis d’indépendance de Madagascar en 1960, la Grande Ile est secouée en mai 1972 par un mouvement de contestation populaire de grande envergure. Récit sur les six jours qui ébranlèrent le gouvernement Tsiranana.

    20 heures, ce vendredi 12 mai 1972. Les pelouses du campus d’Antananarivo se sont vidées. Les lampadaires diffusent une lumière blafarde. Les étudiants qui logent sur place ont rejoint la cité universitaire. Et comme chaque nuit, le comité de grève va se réunir; Il s’agit de préparer sérieusement la manifestation du lendemain avec les travailleurs qui intervient après trois semaines de grève des élèves et étudiants d’Antananarivo.

    PLUS DE 400 ETUDIANTS AU BAGNE DE NOSY LAVA

    Minuit. Le campus dort. De temps à autre, le gardien qui veille à l’entrée du grand domaine, sort de son poste, tout emmitouflé et tire la barrière pour laisser le passage à une voiture qui ramène à la cité quelques étudiants qui ont passé la soirée en ville. Tout est calme, trop calme. En cinq minutes tout va changer. Personne, pas même le gardien, n’a prêté attention à un bruit de moteurs qui transperce le silence, le vacarme s’amplifie. La route qui monte au campus est couverte d’une longue file de véhicules. Et le gardien qui sort pour tirer la barrière, sollicité par un appel de phare, ne réalise pas. Un camion militaire lui passe sous le nez, puis deux, puis dix, puis trente… Des policiers du corps urbain occupent le poste de garde. Des gendarmes casqués, en tenue de combat, sautent des camions, des FRS (forces républicaines de sécurité), têtes noires et brillantes, pistolets- mitrailleurs à la bretelle ferment les issues. Des voitures banalisées, chargées d’inspecteurs de la police, foncent vers la cité universitaire. La grande rafle commence. « Police, ouvrez ». Pendant deux heures, des coups de poing frappés aux portes des chambres vont ponctuer cette phrase. Certains étudiants parviendront à s’enfuir, mais beaucoup seront arrêtés. Quand le jour se lève sur la journée du 13 mai, plus de 400 étudiants – certains ont été arrêtés en ville – entassés dans des camions sont emmenés vers Arivonimamo. Ce ne sera qu’une étape vers le bagne politique de Nosy Lava.

    Dans la nuit, le téléphone a fonctionné. Le directeur d’Air Madagascar a été réveillé par un coup de fil du ministère de l’Intérieur: sur ordre du gouvernement, une partie de la flotte aérienne civile est réquisitionnée pour une mission spéciale. Sans savoir exactement de quoi il retourne, on se doute bien à Air Mad que les voyageurs seront d’un genre particulier.

    UNE MESURE SANS EFFET SUR LES GREVISTES

    Dans la ville, au petit matin, la nouvelle des arrestations s’est déjà répandue, confirmée d’ailleurs par les premiers bulletins d’information de Radio Madagascar. Le communiqué du ministre de l’Intérieur, Barthélémy Johasy, est sans mystère: les cerveaux de la grève sont neutralisés, déclare le communiqué. Les meneurs seront livrés en temps opportun à la justice pour répondre de leurs crimes. La suite du communiqué coule de source : « La grève étant terminée et l’ordre rétabli, les cours pourront reprendre dès lundi en province et à une date qui sera précisée ultérieurement dans les établissements d’Antananarivo ».

    Cette mesure d’autorité n’aura cependant pas sur les grévistes l’effet qu’escomptait le ministre Johasy. Dès huit heures le matin, par groupes compacts, des lycéens, des étudiants, des travailleurs, se dirigent vers l’avenue de l’indépendance. C’est un mouvement spontané. Les mots d’ordre donnés la veille fixaient le rendez-vous à 14 heures. La colère gronde. La nouvelle des arrestations et le communiqué diffusé à la radio ont servi d’agent recruteur. Puisque le campus est fermé, on va tout naturellement vers l’avenue de l’indépendance. Les forces de l’ordre sont d’ailleurs au rendez-vous. A 10 heures, ils seront quelques milliers de manifestants rassemblés devant l’hôtel de ville. Les gendarmes casqués ont pris position en travers de l’avenue, face aux bureaux d’Air Madagascar. Les FRS occupent la cour intérieure de l’hôtel de ville. On sent qu’il va se passer quelque chose. Du côté des manifestants, comme du côté des forces de l’ordre, on a beaucoup de mal à cacher une certaine nervosité. Les grévistes décident d’occuper la place jusqu’à l’après-midi, jusqu’à l’heure fixée du grand meeting étudiants- travailleurs.

    C’est un peu après dix heures que tout commence. Les manifestants s’en prennent à un car de police et le renversent. Les FRS invitent les manifestants à se disperser sans succès. Et à 10 h 15, ils reçoivent l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes. En hâte, les manifestants confectionnent des masques de tissu humides pour se protéger contre l’action des gaz. Les premières grenades éclatent à 10 h 45. Le signal de la violence est donné.

    DES MORTS, DES BLESSES, BEAUCOUP DE SANG

    Le car de police renversé trois quarts ‘d’heure plus tôt est incendié. Les manifestants mettent également le feu au podium du rallye Agip édifié devant l’hôtel de ville. Cependant, la foule dans son ensemble reste étonnamment calme. Vers 11 h, les FRS sont lâchés. Ils ne se contentent plus de balancer des grenades lacrymogènes. Cette fois, ils tirent. Des rafales de mitraillettes crépitent autour de l’hôtel de ville. C’est la tuerie. Des dizaines de manifestants restent couchés au sol. Des vitrines de magasins bordant l’avenue s’effondrent. De grenades de « dissuasion » éclatent. Des cocktails Molotov lancés par des manifestants explosent dans les jambes des FRS. Des morts, des blessés, beaucoup de sang. Certains magasins sont transformés en infirmerie de fortune. Des ambulances arrivent. Des voitures particulières sont réquisitionnées pour transporter les blessés vers les hôpitaux. La foule entonne l’hymne national. Les gendarmes, toujours déployés en travers de l’avenue, n’ont pas bougé.

    Pendant toute la matinée, en l’absence du président Tsiranana, en cure à Ranomafana, Victor Miadana, ministre des Finances, préside un conseil de cabinet qui décide la création d’une commission technique d’étude permanente de 72 membres – représentants du gouvernement, des enseignants et des enseignés – sur les problèmes de l’enseignement.

    Sur l’avenue de l’indépendance, vers midi, les violences continuent. On ramasse les blessés et les morts. Les policiers procèdent à de nouvelles arrestations. Des manifestants arrachent les pancartes « place Philibert Tsiranana » plantée devant l’hôtel de ville et donnent au lieu un nouveau nom de baptême: « place du 13 mai ».

    Les victimes de la fusillade affluent à l’hôpital de Befelatanana et à l’hôpital Girard et Robic. A Befelatanana, vers 13 h, des FRS paniqués ouvrent le feu sur les personnes stationnées devant le service des urgences.

    En fin de matinée, quelque 500 jeunes gens ont quitté l’avenue de l’indépendance et ont foncé en courant vers l’immeuble de la radio à Anosy. Malgré la présence des forces de l’ordre et quelques affrontements mineurs, les manifestants causeront de sérieux dégâts aux vitres de l’immeuble.

    DES MANIFESTANTS, REGROUPES EN COMMANDOS, VONT PARCOURIR LA VILLE

    Dans l’après-midi, de nouveaux coups de feu seront tirés sur l’avenue de l’indépendance. Des voitures seront incendiées et des manifestants, regroupés en commandos, vont parcourir la ville. Des manifestations ont lieu devant divers édifices publics, bris de vitres, véhicules incendiés, etc.

    Vers 17 h, un incendie s’est déclaré dans les locaux abritant l’atelier de composition et les bureaux du quotidien Courrier de Madagascar. Une bouteille d’essence enflammée est lancée par les manifestants dans les ateliers. En cinq minutes, l’immeuble entier est la proie des flammes. Les rotatives et le groupe technique de fabrication des plaques offset, situé dans un immeuble voisin seront épargnés. L’incendie se propage à trois pavillons du marché du Zoma. Deux camions-citernes de pompiers qui se rendent sur les lieux du sinistre sont interceptées par les manifestants et incendiées. Pour lutter contre la fournaise, les sapeurs-pompiers d’Antananarivo ne vont pouvoir mettre en batterie qu’une seule lance à incendie. Les bureaux, les archives, l’atelier de composition et les linotypes du Courrier de Madagascar sont détruits à 100 %.

    Tenu au courant heure par heure de l’évolution de la situation, le président Tsiranana quitte précipitamment Ranomafana en début d’après-midi pour regagner Antananarivo.

    DISCOURS HYSTERIQUE DU PRESIDENT TSIRANANA

    Dans le courant de l’après-midi, le président Tsiranana, de retour à Antananarivo, décrète « l’état de nécessité ». Il faudra attendre 19 h 30 et un communiqué diffusé par les ondes de Radio Madagascar pour connaître l’existence d’un couvre-feu qui entre théoriquement en vigueur à 20 h. Le communiqué précise que toute personne circulant dans les rues entre 20 h et 6 h du matin « sera passée par les armes sans sommation ». Ce soir-là, les consignes de couvre-feu ne seront pas appliquées effectivement avant 23 h. Des FRS sillonnent la ville sur des autos équipées de mitrailleuses.

    Malgré le couvre-feu, de nouveaux coups de feu seront entendus dans la nuit dans le secteur d’Isotry.

    Saoulés de sang et de feu, les habitants d’Antananarivo s’endorment difficilement ce soir du 13 mai. Ils ont encore dans les oreilles le discours hystérique prononcé le soir même par le président de la République sur les antennes de Radio Madagascar. Les menaces n’ont aucun effet. Les enfants sont prisonniers à Nosy Lava et le régime a déjà beaucoup trop de sang sur les mains.

    Dimanche matin 14 mai, c’est un peu la trêve: les touristes, appareils-photo ou caméras au poing, sont nombreux avenue de l’indépendance et devant le Courrier de Madagascar. On filme les carcasses des voitures calcinées, les murs en ruines du plus grand quotidien malgache…

    Les forces de l’ordre sont invisibles. La veille, déjà, plusieurs FRS ont été victimes de règlements de compte. L’après-midi, un commando de jeunes attaque l’hôtel de ville et y met le feu. Cette demi-trêve ne prépare que mieux la journée de grève générale prévue pour le lendemain.

    La radio annonce dans l’après-midi la démission de Laurent Botokeky, ministre des Affaires culturelles. Il est aussitôt remplacé par Norbert Ranohavimanana, un technicien de l’enseignement, dont la nomination devrait satisfaire les étudiants.

    Le soir, les communiqués concernant le couvre-feu parlent de « sommation d’usage ». La veille, on menaçait encore de passer par les armes sans sommation toutes personnes circulant dans les rues entre 20 h et 6 h le matin.

    Le ton a changé du côté du gouvernement qui a décidé de rendre à leurs familles tous les jeunes de moins de 18 ans arrêtés au cours de la nuit du 12 au 13 mai.

    LA GREVE GENERALE PARALYSE LA CAPITALE DURANT UNE SEMAINE

    Mais toutes ces mesures décidées in extremis par un gouvernement aux abois ne changent rien: le lundi 15 mai, Antananarivo sera paralysée par une grève générale.

    Le rendez-vous manqué de samedi après-midi a lieu le lundi 15 mai. Et pour de bon, la grève générale est effective.

    Elle paralyse la capitale durant toute la semaine. Très tôt dans la matinée, l’avenue de l’indépendance est le théâtre de ce rendez-vous. La manifestation est pacifique. La plupart des boutiques du Zoma sont fermées et les magasins de l’avenue de l’indépendance ont leurs portes closes. Cette journée du lundi sera celle des parents venus manifester dans le calme. Très vite, le cortège qui s’est formé au centre de la ville converge vers les rues qui conduisent au palais d’Andafiavaratra où les membres du gouvernement sont réunis.

    Cette journée du lundi sera émaillée par plusieurs incidents très graves. Des rafales sont tirées par les FRS à l’entrée de la route qui mène au campus universitaire. On tire également avenue de l’indépendance. L’hôtel de ville continue de brûler. Et tout près du lycée Jules Ferry, des incidents ont lieu.

    Quand le cardinal Jérôme Rakotomalala arrive place de l’hôtel de ville, il a fort à faire pour calmer la foule dont la vindicte populaire est dirigée vers les FRS, tenus responsables du déclenchement des fusillades de samedi. On sait depuis la matinée que les étudiants déportés à Nosy lava seront libérés. La foule, estimée à quelque 50 000 personnes, attend. Le couvre-feu est repoussé à 23 h. Les chefs des quatre grandes communautés religieuses de Madagascar (catholique, anglicane, et les deux communautés protestantes) ont lancé un appel au calme.

    TOUS SONT IMMOBILES, LE POING TENDU

    L’incendie de l’hôtel de ville draine au centre de la cité un nombre impressionnant de badauds. L’annonce de l’arrivée à l’aéroport d’Ivato de douze étudiants apparaît comme une première mesure salutaire décidée par le gouvernement. L’attente commence. Vers 23 h, cette attente est récompensée: les « douze » sont là et la foule, évaluée à plusieurs milliers de personnes, se lève en silence pour accueillir les camarades étudiants. L’hymne national est entonné à la mémoire des disparus et une minute de silence est observée. Tous sont immobiles, le poing tendu. Une étudiante présente les douze étudiants. Quelques-uns prennent la parole pour annoncer qu’ils veulent repartir dès le lendemain pour Analalava, rejoindre leurs camarades.

    Dès l’après-midi du mardi, le tiers des exilés est de retour à Ivato. Le nouveau gouverneur militaire de la province d’Antananarivo, Gilles Andriamahazo, dont la nomination date de la veille, ainsi que le nouveau ministre des Affaires culturelles, Norbert Ranohavimanana, de même que le chef de la province, Jean-Jacques Rakotoniaina, sont là pour accueillir les déportés qui, à leur arrivée, subissent un examen médical. A 18 h, tous les étudiants exilés à Nosy lava auxquels il faut ajouter une dizaine d’adultes, arrivent place de l’hôtel de ville.

    Il est près de 20 h. Vingt-cinq « taxi-brousse » remontent l’avenue de l’indépendance pendant que la foule, imperturbable, lève le bras dans un silence impressionnant. Pour saluer le retour des déportés de Nosy Lava.

    Les 375 exilés de Nosy lava se rendent alors vers le podium, situé juste en face de l’hôtel de ville. Ils saluent l’assistance en levant le bras droit. Coiffés de chapeaux de paille pour qu’on les reconnaisse facilement, ils ne passent pas inaperçus. Tout près d’eux, les autorités ecclésiastiques et l’autorité militaire. L’hymne national, une fois de plus, est repris par la foule tout entière. L’instant est solennel. Le discours du président Tsiranana diffusé dans la soirée n’aura eu que peu d’effet. Le président a mis la jeunesse en garde contre les dangers du « rongony », le chanvre malgache. La réalité, ce soir, était ailleurs. Et les imprécations du président apparaissent alors bien vaines. Selon le chef de l’Etat, le « rongony » serait, ni plus ni moins, la cause de tous les maux. Ceux qui attendaient les déportés de Nosy lava étaient loin de le penser. Et ce discours, le dernier avant la déclaration historique du jeudi 18 mai, prouvera s’il en était encore besoin, à quel point le président vivait en marge des réalités du pays.

    «OTEZ LES MARIONNETTES DU POUVOIR»

    La nouvelle la plus importante, mercredi, est l’ouverture de l’université. C’est l’une des conditions posées par les étudiants pour la reprise du dialogue. Au palais présidentiel d’Andafiavaratra, les allées et venues vont bon train. Une décision importante, selon les observateurs, est attendue. Elle n’interviendra que jeudi. Tsiranana reste muet. On réclame des « hommes nouveaux ». Le « comité des droits de l’homme » demande que « pour symboliser l’unité nationale », tous ceux qui ont été tués à Antananarivo au cours des événements soient enterrés dans un même caveau au parc d’Ambohijatovo, là où s’est tenue la première réunion des étudiants ». Ce même comité demande également que « tous ceux qui ont été arrêtés au cours des événements intervenus depuis le 1er avril 1971 soient relâchés et traduits en justice si des charges sont retenus contre eux ». Ce même comité rappelle que de nombreuses personnes sont encore en prison depuis un an sans qu’aucun jugement ne soit intervenu.

    On apprend que, durant cette même journée de mardi, deux personnalités avaient été relâchées. Il s’agit du RP Rémy Ralibera, responsable des émissions catholiques à la radio malgache, et du directeur du Secours catholique, Odon Rafenoarisoa.

    Le mercredi 17 mai, un nouveau rassemblement a lieu place de l’hôtel de ville. Les étudiants et leurs aînés se sont rassemblés pour discuter non seulement de l’amélioration de l’enseignement dans la Grande Ile mais également des réformes sociales et politiques à entreprendre dans tout le pays.

    La radio nationale diffuse des chants religieux en l’honneur des victimes de la journée de samedi. Les parents des victimes assistent, ce même jour, à des services religieux, et accompagnent les disparus au tombeau familial, situé souvent sur les terres ancestrales tout autour d’Antananarivo.

    Des pancartes sont brandies place de l’hôtel de ville. On y lit : « Etudiants et travailleurs luttent ensemble pour que les accords de coopération (avec la France, ndlr) tombent en ruine comme l’hôtel de ville » ; « Otez les marionnettes du pouvoir » ; « Madagascar aux Malgaches ». Un membre du comité de grève lit un communiqué du SNES (Syndicat national français de l’enseignement) selon lequel les Français résidant à Madagascar, bouleversés par les événements actuels, partagent les deuils de la population, et estiment nécessaires la révision de la position de la coopération, et la non intervention des forces françaises.

    Une rencontre, prévue à 16 h au campus universitaire, entre le nouveau ministre des Affaires culturelles, les délégués des étudiants et des syndicats d’enseignement, est reportée à jeudi.

    «LA FRANCE N'INTERVIENDRA PAS DANS LA CRISE INTERNE DE MADAGASCAR»

    Ce même jour, le nouveau porte-parole du gouvernement français déclare que le conseil des ministres a convenu que « le gouvernement français n’intervient pas ni n’interviendra dans la crise interne de Madagascar ». La grève continue. C’est ce que déclare un communiqué du « congrès national malgache » qui réunit les délégués des étudiants et des travailleurs. Selon ce communiqué, « la fonction publique et ses délégués confirment leur solidarité totale avec le mouvement contestataire et déclare prolonger la grève jusqu’à complète satisfaction ».

    Jeudi 18 mai, la foule est toujours massée sur l’avenue de l’indépendance, devant l’hôtel de ville. A l’issue d’un conseil de gouvernement qui s’est réuni le matin même au palais d’Andafiavaratra, le président Tsiranana a recommandé aux députés et aux sénateurs « d’adopter dans l’après-midi même » la reforme constitutionnelle créant le poste de premier ministre, troisième personnage de l’Etat.

    Dans l’après-midi, la grève générale se poursuit. La foule massée devant l’hôtel de ville s’apprête à monter vers le palais présidentiel. Mais toutes les cinq minutes, la radio nationale exhorte ses auditeurs à la patience. « Ne quittez pas l’écoute, une nouvelle de la plus haute importance va être diffusée d’une minute à l’autre ». La foule reste massée devant l’hôtel de ville. L’ambassade de France sera la première informée de la décision présidentielle de confier les pleins pouvoirs au Général de division Gabriel Ramanantsoa, ce qui permet à l’Agence France Presse d’annoncer aux auditeurs français avant même que les Malgaches ne soient au courant, la nouvelle.

    LES MANIFESTANTS JUCHENT LE GENERAL RAMANANTSOA SUR LEURS EPAULES

    A 14 h 45, un camion militaire se fraie difficilement un chemin à travers la masse des manifestants. Un officier annonce la prise du pouvoir par le général Ramanantsoa. C’est du délire sur l’avenue de l’indépendance. Mais les leaders temporisent. « Attendons confirmation » disent-ils. Une demi-heure plus tard, le général Ramanantsoa descend du palais présidentiel. Il est arraché de sa voiture par les manifestants qui le juchent sur leurs épaules. Le général soulève sa casquette, un peu ahuri de ce qui lui arrive, salue la foule. Il arrive tant bien que mal, dans la liesse populaire et le délire général. Jusqu’au podium où il parle en employant les termes qu’il utilisera lors de sa déclaration radiodiffusée du soir même.

    Vers 16 h 15, le Président Tsiranana s’adresse au pays sur les ondes de Radio Madagascar. « Je donne, dit-il, pleins pouvoirs au général de division Ramanantsoa pour diriger le pays et je le charge de former le nouveau gouvernement ».

    A 19 h, le nouveau chef du gouvernement s’adresse au pays: « Le Président de la République m’a donné les pleins pouvoirs… Pour le bien du pays, la vie politique sera mise en sommeil… Je vais constituer un gouvernement apolitique de militaires et de techniciens… ».

     

     

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