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  • EDITORIAUX DES JOURNAUX MALGACHES

    LA VERITE

    Silence, on pille

    Par V. R. | 09/02/2012

    Il est toujours facile de jouer les offensés, les innocents et les victimes lorsque auparavant et pendant un temps suffisant pour agir en toute impunité et pour se livrer à des actes illicites, à la limite du délit voire du crime, très juteux et rentables.

    Comme il l’est également de se retrancher derrière l’ignorance et s’activer pour effacer et corriger des erreurs au nom de l’Etat de droit. Dans la plupart des cas, il est trop tard. Les observateurs ne sont pas loin de la vérité lorsqu’ils affirment que le pillage des richesses du pays, sous-sol, sol, marines, forestières et tant d’autres ne cesse de s’amplifier. Les populations sont impuissantes face à ces rouleaux compresseurs qui les dépouillent et les réduisent à terme à la pauvreté et à la misère après des déplacements dont on ne leur fait pas entrevoir les conséquences. Les autorités locales, régionales et centrales, quant à elles, pratiquent la politique de l’autruche et au passage, en profitent à titre personnel. Jusqu’à ce que des courageux, et peu importe leurs réelles motivations, mettent le doigt et dénoncent les exploitations outrageusement massacrantes de ces opérations.

    Cette société chinoise d’exploitation minière dans le Sud-Est du pays va s’en sortir de cet arrêt de ces travaux qui ont dépassé largement le stade des recherches, pour lesquelles elle a obtenu un permis. Elle l’a accepté de bonne grâce suffisamment douteuse pour que les spéculations voire la vérité éclate au grand jour. Car elle a déjà procédé à l’exploitation, en l’absence d’un permis. Ce qui signifie que pendant que les autorités malgaches aux opinions divergentes, se disputent à ce sujet-et ce, depuis plusieurs mois-, elle a eu le temps de continuer ses opérations. L’acceptation facile de l’arrêt de ses travaux suscite des doutes que d’aucuns s’efforcent d’effacer et de minimiser. Cette société a fait trop facilement amende honorable pour que son cas doive provoquer des soupçons. Normalement, elle a dû être sévèrement sanctionnée car pour des broutilles de moindre importance, des exploitants miniers, des nationaux et de moindre envergure en général, la peine va jusqu’au retrait du permis. Dans le cas de cette société, il lui a été recommandé et imposé de se soumettre à l’étape des études d’impact environnemental. Elle l’a accepté sans broncher mais force est de constater, à travers les reportages diffusés sur les chaînes de radio et de télévision, que le mal est déjà fait. Il est sans doute prématuré, comme le font déjà certains, de parler de fortes présomptions de radioactivité dans cette Région. Car il convient d’attendre les résultats. Des résultats, eu égard à quelques attitudes et quelques déclarations, seront négatifs. Sinon cette société n’aurait pas obtempéré facilement. De là à supposer des interventions et des pressions avec des contreparties, il n’y a qu’un pas que beaucoup n’hésitent pas à franchir, d’autant plus que tout le monde est en connaissance des pratiques délictuelles de certains responsables actuels. Entre temps, cette société, avec l’appui et la complicité d’autorités joue une transparence douteuse et bien ciblée parlant d’indemnisation de quelques habitants, à hauteur de sommes ridiculement dérisoires puisqu’elles représentent à peine le salaire mensuel d’un ministre ou d’un Parlementaire.

    Le cas n’est pas isolé. Il y a eu des précédents dans d’autres régions, qui témoignent toujours des dysfonctionnements d’une administration corrompue. Car même l’attitude des responsables et des autorités défendant, qui la population, qui cette société étrangère, n’est pas exempte d’ambiguïtés. Quelque part, comme de coutume, l’heure est actuellement non pas à défendre la population qui n’est toujours qu’un prétexte, mais au partage des bénéfices. Une situation que les sociétés étrangères exploitent à fond.

    Même s’ils ne parviennent pas toujours à détourner l’attention de l’opinion avec leurs querelles politiques, dirigeants et politiciens ne s’embarrassent guère de scrupules pour le pillage et la razzia systématiques des richesses du pays. Silence, on pille.

    MIDI MADAGASIKARA

    Ambition d’indépendance

    Par Zo Rakotoseheno | 09/02/2012

    Les assises de la Justice ont commencé avec un constat. C’est le Président du Syndicat des magistrats Marius Arnaud Auguste qui le dira sans détours dans son discours d’ouverture. « L’Etat de droit est loin d’être une réalité ». Il a rappelé les faits abusifs récents des policiers qui ont conduit au décès d’un magistrat à Toliara. « La Justice malgache a perdu la place qui devrait être la sienne : Où est aujourd’hui son autorité ? Qu’en est-il de son indépendance ? » a-t-il demandé à cette occasion. Les magistrats sont en grève depuis ce crime abominable.

    Le SMM a demandé, comme on le sait, non seulement l’arrestation des auteurs du crime mais aussi le départ du ministre de la Sécurité intérieure qui n’aurait pas empêché cet acte horrible alors qu’il était sur place. Les revendications n’ont pas encore eu gain de cause jusqu’à présent. Conséquence, les tribunaux sont paralysés. Mais des procureurs ont repris leur travail. Et pour cause, le parquet n’est pas indépendant. Or, qui ne sait pas que la première vertu de la Justice est l'indépendance. Sans indépendance, pas d'impartialité et sans impartialité, pas de justice. Les Assises viennent à point nommé pour résoudre le problème. Elles sont déterminées à engager une réforme profonde pour garantir l’indépendance de la justice. Le président du SMM a cité « les immixtions de l’Exécutif dans la gestion des carrières des magistrats à travers le CSM (Conseil supérieur de la magistrature), les fréquentes interventions dans les affaires judiciaires accompagnées d’intimidations et de menaces ». Il faudrait y mettre fin. Dans cette logique, on peut penser que depuis la première République, aucun des Gardes des Sceaux qui se sont succédé jusqu’à maintenant ne pourrait jurer sur l’honneur qu’il n’a jamais tenté d’intervenir dans le cours de la justice. Le président du SMM a aussi relevé dans son intervention les maux tels que la corruption qui mine la justice et les pressions de toutes sortes qu’elle reçoit. N’est-ce pas pour ces raisons qu’elle ne cesse de perdre auprès des justiciables sa crédibilité ? Il est temps que la Justice se mette à l’heure de la réforme. « Le moment est venu de partir sur de nouvelles bases pour asseoir une justice véritablement indépendante, impartiale, crédible et respectée ». L’ambition est légitime. C’est dans cet esprit que l’on pourra mettre en place une Haute cour de justice qui manque terriblement au point de donner au pouvoir politique une trop grande liberté qui favorise les abus de toutes sortes.

    LA GAZETTE DE LA GRANDE ILE

    Jusqu’à mourir?

    Par Franck Raharison | 09/02/2012

    En marge de ces agitations politico-politiciennes concernant l’amnistie et l’anniversaire de la tuerie du 7 février 2009, la branche éclairée de la classe politique et des chancelleries occidentales s’interrogent sur le devenir de Madagascar. D’abord, elles sont déçues que l’île ait raté son « printemps », alors que la « révolution » malgache a commencé bien avant celle de la Tunisie, de l’Egypte et de la Libye.

    Actuellement, cette histoire d’amnistie de Marc Ravalomanana passe au second plan aux yeux de l’opinion publique et de la communauté internationale. L’important est aujourd’hui de savoir qui va présider l’île dans un ou deux ans ? La question mérite d’être examinée, par exemple, lors d’un colloque, d’un séminaire, sinon à l’occasion d’une conférence nationale. En effet, tous veulent qu’on aille à l’essentiel. Autrement dit, à l’élection présidentielle. Ici et maintenant.

    Dommage, lorsqu’on passe à la loupe ceux qui sont censés se présenter à ce scrutin, c’est la confusion, voire la déception totale. Madagascar, en fait, ne dispose-t-elle pas de femmes et d’hommes à même de libérer ces vingt millions de Malgaches du sous-développement, de l’obscurantisme ? A première vue, c’est littéralement le désert… En matière de leadership, c’est le vide.

    Dans tous les cas, nous livrons ici, au risque d’être démentis, quelques personnes susceptibles de jouer prochainement un rôle primordial à la tête de notre pays. Et pourquoi pas le futur président de la République. D’emblée, le microcosme élimine Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et Zafy Albert : des « has been » qui n’ont plus leur place sur l’échiquier politique, au même titre que le pasteur Richard Andriamanjato, Marson Evariste, Honoré Rakotomanana, Emmanuel Rakotovahiny…

    Ainsi, ces politiciens qui prétendent vouloir assurer la relève, sont : Omert Beriziky qui a une intention, bien que cachée, de se présenter à la présidentielle. Pierrot Rajaonarivelo qui n’a jamais dissimulé son souhait, depuis son retour à Madagascar, d’être candidat, ainsi que son « ennemi intime » Tantely Andrianarivo.

    Citons ensuite, pêle-mêle, ces « jeunes » politiques aux dents longues : Tabera, Ny Hasina Andriamanjato, Monja Roindefo, Andry Rajoelina, Edgard Razafindravahy, Sarah Georgette, Toto Alphonse, Mamy Rakotoarivelo, Roland Ratsiraka…

    On est, certes, encore loin de l’élection présidentielle, cependant celui qui veut aller loin ménage sa monture. Pour l’instant, personne n’a le courage d’élever la voix afin de préparer la fin de cette transition, de dire que, seule la présidentielle est l’unique solution. Personne.

    En somme, la classe politique ne se soucie plus du sort de Marc Ravalomanana et de Didier Ratsiraka. Ils sont, depuis des années, hors de Madagascar. Qu’ils y restent ! Par contre, que ces jeunes loups, susmentionnés, prennent la relève et ne fassent pas les mêmes erreurs que leurs aînés ! Pourtant, force est de reconnaître que ceux-ci auront du mal à sortir l’île du creux de la vague. Quoi qu’il en soit, tout dépend du bon vouloir de la communauté internationale : l’avenir de Madagascar repose sur la Sadc et l’Union européenne, mais elles donnent le sentiment de nous abandonner. Un espoir, toutefois : la France reste et demeure à nos côtés. Jusqu’à quand ?

    LES NOUVELLES

    Que d’histoire pour un avion!

    Par Ranaivo Lala Honoré | 09/02/2012

    Le renforcement de la flotte de la compagnie nationale de transport aérien Air Madagascar va se poursuivre. Aujourd’hui la question de savoir quel constructeur fournira ce nouvel avion est plus ou moins dépassée car tous s’accordent à reconnaître que ce soit Airbus ou Boeing, une formation technique reste incontournable.

    Mais de nouvelles interrogations d’actualité portent sur le mode d’acquisition : est-ce qu’il s’agira d’un achat ou d’une location (avec toutes les options possibles et imaginables) ? Effectivement, les dernières déclarations des différents responsables sur ce mode d’acquisition sont contradictoires. Entre autres déclarations, on rappellera que si le directeur général d’Air Madagascar avait parlé d’un leasing (ou crédit bail) donc d’une location, tout dernièrement, le ministre des Transports a parlé d’un achat pur et simple qui ne souffre d’aucune ambiguïté.

    Dans ces conditions, si achat il y a, l’Etat a-t-il les moyens pour ce faire? Dans l’affirmative, il importe de savoir l’origine des capitaux car aujourd’hui, on sait trop bien que l’Etat ne peut pas se permettre de s’offrir un nouvel aéronef dont le prix avoisinerait les 250 millions de dollars.

    Cette question de l’origine des capitaux est capitale car elle est susceptible de menacer l’indépendance de la compagnie nationale si jamais le financement de cette nouvelle acquisition dépendait de capitaux étrangers. Le cas s’est déjà avéré pour plusieurs compagnies nationales aériennes africaines. Or, Air Madagascar est l’une des rares compagnies aériennes nationales d’Afrique qui est encore parvenue encore à résister à l’absorption des grandes compagnies aériennes multinationales, ce qui fait d’elle une fierté nationale.

    Mais la question fondamentale qui se pose à propos d’achat est de savoir si le gouvernement de transition actuelle a le pouvoir d’engager l’Etat dans cette aventure. Quoi qu’on dise, l’Etat (a fortiori actionnaire majoritaire de la compagnie) sera toujours engagé s’il s’agit d’un achat. Et ce n’est pas pour rien que la délégation malgache partie pour négocier avec Airbus est dirigée par le ministre des Finances et du budget.

    Et quand le ministre des Transports a parlé de deux avions et non d’un seul, le problème est amplifié.

    COURRIER DE MADAGASCAR

    Prétentieux?

    Par N. Randria | 09/02/2012

    Le SMM se donne trois jours pour redorer l’image de la Justice. C’est quelque peu prétentieux que de vouloir ainsi effacer en si peu de temps un demi-siècle de mauvaises pratiques. C’est pour cette raison que le commun des justiciables ne peut qu’être pessimiste. Il se demande, entre autres, si les résolutions prises lors de cette assise ne sont que des déclarations d’intention. En effet, il est bien connu que les loups ne se dévorent pas entre eux et l’esprit de corps n’est pas un vain mot, surtout pour ce corps de métier, sinon comment expliquer cette impunité dont bénéficient les plus véreux d’entre eux depuis tout temps. A ce titre d’ailleurs, l’on est en droit de se demander qui va juger les juges.

    Le citoyen lambda ne peut pas non plus imaginer que du jour au lendemain, et par la magie de cette assise, les moins nantis vont enfin ne plus subir de « MD systématique » tandis que les « grands » de ce pays vont enfin être traînés à la barre. En effet, combien de fois n’a-t-on pas entendu des « richards » se vanter d’avoir la Justice entre leurs mains, leurs richesses leur permettant de tout acheter, d’après leurs dires ? Ou encore des personnes qui se targuent d’être intouchables à cause de leur lien de parenté avec un magistrat ?

    En ce qui concerne ces princes qui nous gouvernent, la Haute Cour de Justice, dont la mise en place est stipulée dans la constitution depuis des dizaines d’années, serait, selon le président du SMM, la panacée en ce sens qu’elle résoudrait et éviterait de nombreuses crises. Pour autant, nos politiciens emboîteront-ils le pas en l’instituant véritablement ? Rien n’est moins certain au vu de la continuité des anciennes pratiques en haut lieu.

    Quoi qu’il en soit, l’initiative des magistrats, avec la tenue de ces trois jours de réflexion, mérite d’être louée. En attendant que l’on dise dans les années à venir qu’elle a eu au moins le mérite d’exister.

    Ma-LAZA

    Maîtrisons d’abord l’anglais

    Par Ma-Laza | 09/02/2012

    Francophonie. Anglophonie. Nous avons tendance à minimiser l’impact de la maîtrise de la langue dans les domaines pointus de la diplomatie et des négociations. La langue la plus utilisée dans le monde, au niveau des relations internationales, et celle des affaires, reste l’anglais. Pour réussir ses négoces, il faut parler de manière fluide l’anglais et en saisir ses nuances.

    C’est notre époque. La langue française est belle et sa grammaire est un artifice. Mais elle est quand même une langue qui a ses limites à l’échelle planétaire. Le cas de Madagascar est spécifique. Elle est une île. Elle est une ancienne colonie française. Ses cadres et autres intellectuels sont formés à la française. Et la classe politique est moulée dans cet état d’esprit. Nous avons presque 300 partis politiques et 95% sont sortis de cette moule de pensée et de logique. Le TIM fait partie de cette minorité qui, par son fondateur, n’a pas caché ses penchants anglophiles. Marc Ravalomanana se sent plus à l’aise avec les pays anglophones qu’avec les pays francophones.

    C’est la SADC, organisation régionale d’obédience anglophone justement, qui assure la médiation pour régler la crise malgache. Pour de nombreux politiciens, la barrière de la langue constitue un grand handicap. Andry Rajoelina n’est pas un anglophone reconnu. Ce qui n’est pas le cas de Marc Ravalomanana qui profite de ses entrées en coulisses ou par la porte principale, pour assurer son lobbying.

    Tiens ! Même ce mot lobbying, mot anglais devenu consacré comme le Web, le courriel, le mail, sponsoring, leader… fait partie du bréviaire diplomatique et politique. Pour réussir un lobbying en Afrique Australe, il faut d’abord maîtriser l’anglais. Cela suppose, conséquemment, que vous faites partie de la famille anglophone et anglophile. En négociations, cela constitue un avantage certain.

    Les membres de la HAT et de la classe politique, dans leur majorité, ne maîtrisent pas totalement la langue de Shakespeare. Cependant, ils doivent vivre leur temps. To be (out of date) or not to be, that is the question. Et en cela, pas besoin d’avoir une… map road.

    L'EXPRESS DE MADAGASCAR

    Pendant ce temps

    Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja | 09/02/2012

    Break Internet cinq jours. Comme certains organisent une journée sans téléphone portable. Pour se démontrer à soi-même qu'on est encore capable de s'en passer. De vivre normalement. Sainement, diraient d'autres. Break également pour échapper à la furie des passions, la sarabande des idées, la cohue des intentions, autour des péripéties qui nous tiennent désormais lieu de vie politique. Embargo sur des non-événements.

    Pendant ce temps, le monde vit sa vie dans l'indifférence à notre nombrilisme. Car, à l'instar de tous les insulaires, nous avons propension à toiser le reste du monde du haut de notre petitesse. Pendant ce temps, donc.

    Pendant ce temps, l'avionneur français Dassault obtenait de l'armée de l'air indienne une commande de 126 avions de combat

    « Rafale », pour un contrat de 12 milliards de dollars. Bonne affaire et aubaine pour un avionneur décrié, écrit la presse française. Pour ma part, je note le volet « transfert de technologie » qu'a exigé, et obtenu, le gouvernement indien. « Savoir, technique, savoir-faire » : le constructeur aéronautique indien HAL (Hindustan Aeronautics Ltd) va produire sous licence, à Bangalore, 108 des 126 avions commandés. Pareil transfert de technologie avait existé à Madagascar quand, dès le 19ème siècle, les missionnaires-ouvriers avaient formé sur place les artisans malgaches qui allaient leur succéder efficacement durant les années d'interdiction de séjour des Occidentaux, sous le règne de Ranavalona 1ère. À parcourir les publications du début du 20ème siècle, on reste toujours mélancolique à l'évocation des expositions de céramique, de maroquinerie ou d'ébénisterie, auxquelles il est dit que des Malgaches avaient participé. À l'Est du Rova, sur les vieilles photos, on aperçoit distinctement la haute cheminée d'une usine de faïence. Le manuel de 1901, dont j'avais déjà parlé ici, « Lectures de écoliers malgaches : récits moraux et instructifs, leçons de choses, exercices de langage », comprenait une partie « industrie » détaillant la fabrication du verre, du savon, du fer, du papier, de l'obtention du cuir, etc. Un siècle plus tard, allez donc demander à un artisan menuisier de vous fabriquer un article assemblé en tenon et mortaise, et il vous rétorquera sans cesse le « indro kelin'ny mpandrafitra »

    Pendant ce temps, 70.000 spectateurs assistaient au Super Bowl tandis que 110 millions de téléspectateurs dans 220 pays suivaient la finale du foot américain. Les publicités qui sont diffusées durant les entractes se font une telle concurrence dans la créativité que la tranche publicitaire devient un spectacle dans le spectacle. Trois millions de dollars, les trente secondes de publicité, 100.000 dollars la seconde ! Des chiffres à des années-lumière de notre sous-développement. Le plus malheureux est de savoir que jamais les chiffres d'une quelconque production malgache ne pourraient tutoyer ces montants astronomiques qu'approcherait plutôt la somme des trafics illégaux de type bois de rose ou d'extraction anarchique et d'exportation illicite des richesses minières.

    Pendant ce temps, un enregistrement unique de la voix du chancelier allemand Otto von Bismarck (1815-1898), artisan de la réunification allemande, a été retrouvé. Une minute et vingt secondes gravée le 7 octobre 1889. Au temps de l'invention, par l'Américain Thomas Edison, du phonographe, dont le brevet a été déposé en 1877. Aucun bricoleur de génie n'a fréquenté nos grands personnages du 19ème siècle, la Reine Ranavalona III ou le Premier ministre Rainilaiarivony, dont l'exil algérois reste doublement muet pour le grand public. On se prend à rêver qu'un phonographe ait enregistré la voix de Ramiangaly, la dernière épouse survivante du roi Andrianampoinimerina, décédée dans l'oubli en 1881. Ni Père Callet pour l'interviewer ; ni phonographe pour l'entendre déclamer un Hainteny sur le thème du grand roi dans son intimité, pour ainsi dire son humanité, d'époux ; ni photographe pour immortaliser ses traits « Vieux Hova ». On aurait remercié Gallieni d'avoir emporté cet enregistrement exceptionnel parce que s'il était resté à madagascar, des manifestants bêtes et méchants l'auraient réduit en cendre avec le reste des archives sonores de la Radio Malagasy l'autre 26 janvier 2009.

    MADAGASCAR TRIBUNE

    «Responsables mais pas coupables»

    Par Patrick A. | 09/02/2012

    À la vengeance privée, la civilisation a opposé le processus judiciaire, soulignait on hier. Hier également, s’ouvraient les assises nationales de la Justice, destinées à mettre en place une Justice indépendante, crédible et respectée. Vaste programme, au moment où les contre-exemples se multiplient et où les controverses sur les jugements ayant condamné Marc Ravalomanana ne peuvent que renforcer les doutes sur la possibilité d’atteindre de tels objectifs.

    Bon nombre de commentateurs soulignent que les procès ayant abouti à ces condamnations de Marc Ravalomanana se sont déroulés dans un climat politisé. Certes, mais comment pouvait-il en être autrement, serait-on tenté de répondre ? L’on peut même affirmer qu’un argument que ces commentateurs avancent, selon lequel seule la Haute Cour de Justice (HCJ) aurait dû juger l’ancien Président de la République, est complètement contradictoire avec leur reproche de politisation de la Justice. Car quoi de plus politique que la Haute Cour de Justice, en tout cas dans le mode de fonctionnement qui est décrit dans la Constitution ? Cette Cour ne peut en effet être sollicitée que par la majorité des parlementaires ; cela pose à l’évidence un grave problème d’indépendance. Difficile de ne pas penser que cette justice ne pourrait qu’être clémente avec une personne issue de la majorité du moment, et plus sévère avec un ex-responsable relégué dans l’opposition.

    Le dispositif prévu dans la Constitution est d’inspiration française. Même pas mis en place, il apparait déjà largement désuet. Pour ce qui est de la France, dès 1993, la Haute Cour de Justice a cédé la place à la Cour de Justice de la République, qui peut être amenée à traiter une plainte venant de n’importe quel citoyen qui s’estimerait victime des agissements d’un haut responsable de l’Exécutif. C’est indubitablement cette évolution qui a permis de 1993 à 1999 le procès du sang contaminé par le virus VIH, ou la condamnation en 2010 de Charles Pasqua à un an de prison avec sursis pour complicité et recel d’abus de biens sociaux.

    Le candidat socialiste à l’élection présidentielle, François Hollande, veut aller plus loin. Reprenant une idée initialement lancée par les écologistes, il a proposé Lundi dernier la suppression pure et simple de la Cour de Justice de la République, et il met en avant que les ministres doivent être des citoyens comme les autres et être soumis aux juridictions de droit commun.

    Pour sa part, le parti majoritaire UMP défend que les ministres exercent des fonctions particulières de souveraineté, et qu’une procédure particulière doit exister pour les protéger des plaintes folkloriques. Mais à bien analyser les propos des uns et des autres, l’on a bien l’impression que personne n’a vraiment envie en France de se battre pour maintenir une juridiction séparée pour les hommes politiques.

    On ne peut donc que trouver passablement décalé qu’à l’ouverture des assises nationales de la Justice, le porte-parole du Syndicat des magistrats de Madagascar ait estimé que la mise en place de la Haute Cour de Justice serait un premier pas dans la mise en place d’une Justice indépendante. Ne serait-ce pas plutôt le contraire ? Et du coup, ne doit-on pas voir dans cette déclaration un banal désir de se débarrasser d’une patate apparemment jugée trop chaude ? Les cas particuliers des anciens présidents ou de l’actuel homme fort au pouvoir peuvent-ils pour autant dispenser les magistrats d’une action approfondie sur leur actuelle incapacité à dire « Non » lorsque nécessaire ?

    Il y a là beaucoup de questions sans réponses : ce qui tendrait à prouver que nous sommes bien dans la culture du « responsable mais pas coupable ».

     

     

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